Radiohead @ Main Square Festival 02 juillet 2017

Radiohead. Ce nom résumé à lui seul tout un univers, une époque, la persistance d’une certaine musique dans les années 90 qui a muté pour devenir légende. Les anglais d’Oxford étaient la tête d’affiche de cette dernière journée du Main Square Festival à Arras, avec un concert de 2h30 annoncé à 21h45.

Je n’avais jamais été au Main Square Festival. En 2008 j’ai failli, pour Radiohead / Sigur Ros / The Do. L’affiche était belle, mais le voyage de noces aussi.
Et puis…je ne suis pas très client des festivals de ce genre en général, où les groupes – dont certains qu’on ne se voient que là, hélas – viennent en service minimum pour cachetonner, le tout dans une ambiance plus propice à l’alcoolisation du sang que l’émerveillement des sens, la mise en scène étant réduite au strict minimum. Ajoutons à cela la superbe machine Live Nation qui encourage bien ce système, en mondialisant les affiches des festivals, on aura compris que je préfère les tournées en salles.
Mais…
C’est Radiohead. Et ils doivent jouer 2h30.
Après avoir longuement hésité suite à des soucis personnels, j’ai fini par me laisser tenter grâce à Arnaud (merci !). Accompagné de sa sœur et d’une amie nous sommes arrivés dans l’enceinte de la citadelle à 17h pétante, pile poil au moment ou Seasick Steve commence son set. J’espérais depuis longtemps voir l’américain de 75 ans sur scène, donc ça tombe bien, même si je me réserve une autre occasion (j’espère !) pour faire un compte rendu de son art sur scène, mes oreilles étant mises à rude épreuve d’entrée de jeu avec un volume très puissant. Steve et ses guitares / « pieces of shit » au son très gras, très roots, était accompagné par un batteur exceptionnel qui suit les rythmes effrénés imposés par Steve, au gré de ses envies, variant pendant chaque morceau. Il n’a pas démérité et a bien assuré l’ambiance, c’était assez plaisant de voir des femmes danser sur du blues…. qui a dit que ce genre était has-been ?

C’était un très bon set, et à la fin de celui-ci on prends le temps de découvrir le site. Première constatation : le cadre est parfait: la citadelle est immense, la Main Stage domine une place ceinte de bâtiments (dont une église) en bonnes vieilles briques rouges du nord. La Green Room est comme son nom l’indique dans un cadre plus verdoyant. Entre les deux, les innombrables stands de restauration (et d’hydratation…) offrent beaucoup de choix, pour des prix… disons, de festival (une bière de 25cl, 4€, sans le verre). On râle sur les prix, mais force est de reconnaître que c’est bien organisé: les files d’attentes sont supportables.
On part se poser dans l’herbe de la Green Room, pendant que sur scène, les jeunes Lemon Twigs s’excitent: c’est étrange de voir des gamins de 18 ans en tenue 70’s jouer un rock que les Who ne renieraient pas. Le chanteur a plusieurs voix, en plus de sa voix normale, il sonne comme un Bee Gees dans les aigus et comme John Lennon lorsqu’il force… un set très énergique, un peu brouillon peut être, mais efficace.
Sur la scène principale, c’est au tour du groupe electro-pop « La Femme » de monter sur scène. Ayant déjà écouté leur musique en album pour tester, je reste devant la green room, on prend le temps de se restaurer, on compte les heures avant ce qui nous intéresse vraiment.

Devant nous, les Naïve New Beaters ont investi les lieux, avec leur electro-rock bizarre, dans des tenues bizarres, un accent bizarre… Je ne peux m’empêcher de penser à Philippe Katerine. Je ne peux m’empêcher au 3ème (ou 4ème ?) titre de me dire que c’est le même que celui d’avant… Bref j’ai pas aimé, mais le public semble avoir bien apprécié devant, il y a de l’ambiance.
Le pire reste à venir sur le Main Stage. Je ne suis pas un fan de punk à la base, ce qui n’a pas aidé pour apprécier le « son » de Savage, un quatuor féminin de punk rock assourdissant. La chanteuse est dans le public dès le deuxième morceau, s’il faut ça pour mettre l’ambiance, soit. Peu de mélodies, un accord répété par morceau, pas mon truc du tout. Ca a le mérite de faire prospérer le marché des bouchons auditifs.
Quand leur set se termine enfin, on reste dans le coin et on avance un peu, les rangs se resserrent au fur et à mesure qu’approche l’heure fatidique du rendez-vous avec Radiohead.
Le ciel est clair, quelques nuages fins orangés de ci de là, le temps est parfait, on est malheureusement au milieu de fans de rhum plutôt que de Radiohead, mais pas méchants, juste bruyants. Un peu plus sur notre droite, ça a l’air plus sérieux, j’en ai eu confirmation par la suite vu qu’ils chantaient toutes les paroles de toutes les chansons.

Quelques notes de piano se font entendre, on ne voit pas grand chose, les écran géants étant éteints. La mélodie tâtonne , se cherche, avant de se matérialiser sous la forme de l’envoûtant et fragile « Daydreaming », seul morceau de leur dernier album qui m’a marqué dès la première écoute, avec un clip superbe d’ailleurs. Ca fait quelque chose d’entendre « en vrai » Thom Yorke. Je détestais sa voix à la grande époque d' »OK Computer », je me suis mis à Radiohead que bien plus tard, grâce à un podcast de classic 21 qui m’a fait passer outre mes réticences avec ce côté un peu « geignard ». J’ai bien fait de changer d’avis parce qu’il a vraiment une voix superbe, surtout en ce début de concert, on pense à son modèle, le regretté Jeff Buckley.
Ca reste très calme – on a tous retiré nos bouchons d’oreilles, nul besoin de jouer fort pour jouer bien, n’en déplaise aux autres groupes de la journée – pour un autre titre de « Moon Shaped Pool » avec « Desert Island Disk » avant que ça commence à s’électrifier avec « Full Stop », toujours du même album : une ligne de basse énergique, des sons qui s’accrochent autour, le voyage est tellement prenant qu’on se passerait du chant.
« 15 steps » vient ensuite, pas ma préférée, mais ce qui est intéressant avec Radiohead, c’est que lorsqu’on n’est moins familier avec un titre, on se concentre sur un instrument et on se dit « ah, quand même ». Ici c’est le cas avec la batterie / percussions.
Le titre suivant est accueilli avec enthousiasme dès les premières notes puisque qu’il s’agit du classique « My Iron Lung », très rarement joué en live sur cette tournée, enchaîné avec un autre titre très apprécié (mais pas par moi…) « Myxomatosis ». « All I Need » me séduit bien davantage, avec son clavier sur un rythme trip hop, la basse de Colin Greenwood fait des merveilles et la voix de Thom est éclatante, de quoi donner envie de redécouvrir « In Rainbows ».
« Videotape » précède « Let Down » qui est accueilli à nouveau par des cris, c’est issu de « OK Computer », le saint des saints. Une fois le plus, en live, la basse prends toute son importance chez Radiohead qui joue sans mettre le son à fond.
Changement radical d’ambiance avec le très électronique « Bloom » de « King Of Limbs ». Le rythme est lancé, Phil Selway et Clive Deamer montrent leur savoir faire, et le chant de Thom se greffe, aérien, sur cet ensemble très « arty » comme on dit aujourd’hui. « Reckoner » revient sur une base plus classique, bien que cela reste subjectif chez Radiohead.
On se réveille un peu avec « There There » et son rythme obsédant, la guitare de Jonny Greenwood sursaturée. L’enchaînement sur « The Gloaming » est excellente, je ne connaissais pas ce morceau et il s’annonçait excellent..mais…
Mais à la surprise générale, Thom s’interrompt, ils reprennent…. puis il s’arrête de nouveau, avec un « fuck it » rageur en claquant le micro. 42 000 personnes retiennent leur souffle. Il s’est passé quoi ? Et s’il décidait d’en rester là ?
Mais il n’a pas tardé à revenir en s’excusant, je n’ai pas saisi ses paroles, avant qu’ils enchaînent sur « The Numbers » de leur dernier album, mais l’incident a un peu plombé l’ambiance. Le morceau suivant mettra fin à cette tension de manière admirable: la guitare acoustique de Thom, sous mixée, discrète, a fait en sorte qu’il entame le mythique « Exit Music (For Film) » quasiment a capella, dans un silence religieux de la part du public. J’en avais la chair de poule. Ce morceau est un chef d’œuvre et chanté par 42 000 personnes en plus de Mr. Yorke c’est magique.
Vient ensuite un riff beaucoup plus nerveux, un rythme soutenu, c’est « Bodysnatchers », l’aisance revient sur scène mais…. c’est déjà la fin du set. Ils reviennent rapidement pour des rappels.

Ils ont commencé par une petite pique à l’encontre de leur premier ministre et leur Brexit en introduction du chef d’œuvre « No Surprises ». Thom insiste lourdement sur la phrase « They don’t speak for us » qui en dit long sur ses convictions politiques. Comme tous les titres d’ « OK computer », le public est conquis. Il faut dire que tous ici ou presque ont connu Radiohead pendant cette période bénie de « Pablo Honey » à « OK Computer », où les hymnes générationnels ne manquent pas. La re-édition de ce dernier pour ses 20 ans il y a quelques jours fait que n’importe quel groupe aurait mis l’accent dessus. Radiohead… sans plus. Ils jouent une musique exigeante pour un public qui l’est aussi, et, à part à Glastonbury où ils ont été particulièrement généreux en tubes, chaque soir c’est une setlist différente, avec quelques constantes, mais à chaque fois avec des titres couvrant les nombreuses facettes de leur discographie.
Après « No Surprises » vient le splendide « Nude » avec les arpèges de guitares si particuliers de Jonny Greenwood, hors tempo, la ligne de basse inimitable. Et la voix de Thom, toujours impeccable, bien que sur le fil. Puis c’est un titre d' »OK Computer », mais aucun qu’on attendait, belle surprise que ce « Climbing Up The Walls » et son ambiance sombre.
Vient ensuite l »hypnotique « Everything In Its Right Place », aux sons plus électroniques que jamais, la version live dépoussière la version album sans peine, une énergie visuelle et sonore à son paroxysme. Et on continue sur la lancée avec les sons 8 bits d' »Idioteque », un chef d’œuvre du genre, la voix de Thom est mise a rude épreuve sur ce morceau exigeant. Et c’est à nouveau la fin…

Ils reviennent une dernière fois sur scène. On attends les classiques. « Karma Police » ou tant qu’à faire « Fake Plastic Tree », ou « Paranoïd Androïd »…
Ils entameront ces rappels avec « You and Whose Army ? » issu d' »Amnesiac », puis « Weird Fishes/Arpeggi », au rythme entraînant, j’avais un peu oublié ce morceau mais on s’y laisse prendre.
Le chef d’œuvre attendu viendra clôturer le concert « Paranoïd Androïd », pur trésor de rock progressif, avec le break furieux, la fin éthérée chantée par 42 000 personnes, un grand moment, malgré la voix fatiguée de Thom qui se laisse aller à trop de manières à mon goût, et surtout, une fin un peu… brutale: fin du morceau, Radiohead partent en coulisses, pas un au revoir, les lumières frontales s’allument, la musique d’ambiance se lance…bon, OK. Les impératifs du festival peut être ?

C’était mon premier concert de Radiohead, et malgré quelques imperfections, je ne suis pas déçu. Ce sont des musiciens exceptionnels, Thom s’investit pleinement dans ce qu’il chante et cela se ressent. Hélas le plantage sur « The Gloaming » a laissé des traces sur la suite du concert, malgré de grands moments. Radiohead n’a pas dérogé à sa légende en livrant un concert pour les fans, jouant des titres aimés par le public qui le suit vraiment, ce qui est une belle marque de reconnaissance.
Après, en festival, surtout comme le Main Square, en pleine ville et donc très familial, plus de « classiques » aurait été appréciable du plus grand nombre.

Un très grand Merci à Arnaud et à ma chérie qui m’ont permis d’assister à cette journée de festival.
Mais pas de photos pour ce concert, ma demande ayant été refusée par Livenation. Merci Livenation.

Radiohead au main Square : la Setlist

Daydreaming
Desert Island Disk
Ful Stop
15 Step
My Iron Lung
Myxomatosis
All I Need
Videotape
Let Down
Bloom
Separator
Reckoner
There There
The Gloaming (coupé)
The Numbers
Exit Music (for a Film)
Bodysnatchers

Encore:
No Surprises
Nude
Climbing Up the Walls
Everything in Its Right Place
Idioteque
Encore 2:
You and Whose Army?
Weird Fishes/Arpeggi
Paranoid Android

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