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Roger Waters The Dark Side of the Moon à Bercy le 03-05-2007
par Azzy le 05/mai/2007, dans Concerts

Roger Waters, l’âme de Pink Floyd. La clef de voûte du groupe. Son départ en 83, outre un procès avec ses anciens comparses pour l’utilisation du nom Pink Floyd sans lui, lui a donné une image de vieux grincheux, passablement mégalo et totalement cynique.
Etant plutôt fan du son inimitable de David Gilmour, j’allais à ce concert à Bercy relativement motivé, préférant a priori voir un concert du guitariste de Pink Floyd que d’un de son parolier.
Roger Waters au sein de Pink Floyd, c’est The Wall, avec ses textes déprimants, c’est Orwell en musique avec Animals, c’est le très sombre Dark Side Of the Moon avec ses expérimentations sonores novatrices.
Roger Waters c’est le gars qui a craché sur un fan en 77 parce que celui ci n’appréciait pas le concert.
Roger Waters a changé, et Roger Waters surprend.
Nous sommes arrivés à Bercy à 20h50… soit 20 minutes après le début du concert d’après le billet. Etant partis de Roubaix à 17h30, nous avons eu droit aux embouteillages à Lille et à Paris. Le temps de trouver le parking, de traverser tout le parc de Bercy, on monte jusqu’aux gradins O (sans aucune fouille, je suis rentré avec un reflex ! si j’avais su j’aurais précipité l’achat d’un téléobjectif…) au son de «In The Flesh».
Pas le «In The Flesh» studio en attendant le début du concert, non. C’était déjà commencé !
Le temps qu’on s’assoie, nous étions au milieu de «Mother», le deuxième titre. Je déteste arriver en retard, quel que soit le rendez-vous. Là c’était assez frustrant.
On est moyennement bien placés, environ au milieu des gradins près de la scène. Avec ma myopie ça change pas grand chose d’être là ou au fond de la salle, Mais Leslie a pu admirer son idole, et après tout on était là pour elle c’était son cadeau de Noël.
«Mother» se termine, je ne suis pas encore dans le concert, et un grand classique commence «Set The Controls For The Heart Of the Sun». Des films sont projetés derrière la scène, et c’est excellent. C’est logique aussi, Waters a été l’un des premiers à utiliser ce genre d’artifices en concert dès la fin des années 60. On voit pas mal de plans de Syd Barrett, décédé en juillet dernier. C’était le premier guitariste, compositeur et chanteur de Pink Floyd avant qu’il ne sombre dans la folie en 1968.
Le son est très bon, c’est Bercy, mais c’est nickel. Il y a beaucoup de monde sur scène, et du beau monde. Waters est très exigeant pour qu’on interprète sa Musique, si bien qu’il sait s’entourer des meilleurs. Tous ensemble, ils cumulent les concerts ou les albums avec des noms comme Clapton, Harrisson, Van Morrisson, Hendrix, ELP, The Who, Satriani, Asia, Oldfield, The Beach Boys, Jeff Beck, Tina Turner, Elton John, Bowie, Crosby Stils Nash & Young… et Pink Floyd ! Et j’en passe. La Dream Team est composée de :
- Snowy White aux guitares électriques Gibson. Peut copier Gilmour sans l’imiter.
- Dave Kilminster aux guitares électriques Fender et au chant.
- Andy Fairweather Low aux guitares et aux chœurs, toujours occupé à jouer avec une pointure depuis 1969..
- Graham Broad à la batterie, un tueur qui tape vite, fort et bien. Nick Mason – batteur de Pink Floyd – ne manque pas vraiment sur les titres repris hier soir, au contraire…
- Jon Carin aux claviers et au chant, qui bosse à mi-temps pour Waters et l’autre mi-temps pour Gilmour.
- Harry Waters, fils de vous-devinez-qui à l’orgue Hammond.
- Katie Kissoon, choriste de Waters depuis le début de sa carrière solo.
- Carol Kenyon, choriste qui a assuré avec brio l’incroyable partie vocale de The Great Gig In the Sky.
- Et Enfin, cerise sur le gâteau, PP Arnold, choriste de renommée intergalactique sans qui la musique de Waters ne serait pas la même.
On l’aura compris, il y a une pléiade de professionnels aguerris sur scène, et ça s’entend.
Quand les premiers arpèges de «Shine On You Crazy Diamond» sont joués, le public applaudit à tout rompre. Sur les écrans défilent des images de Syd Barrett, pour qui la chanson a été écrite en 1974. Snowy White et Dave Kilminster font oublier la guitare de Gilmour, et vous n’imaginez pas à quel point ça fait me mal d’écrire ça. Par contre le chant de Jon Carin, même s’il est très bon, ne remplace pas celui de Gilmour à mes oreilles.
C’est néanmoins une expérience unique, une chance de voir ce chef d’œuvre en Live pour des gens comme moi ou Leslie, qui avons découvert ce monument de la Musique qu’est Pink Floyd 30 ans trop tard. Des larmes ont coulé sur ses joues, et je crois que sur les miennes aussi.
L’enchaînement sur «Have A Cigar» me fait redescendre sur terre, je n’ai jamais accroché à ce titre et ça n’a pas changé hier soir.
Le morceau suivant, c’est une autre histoire. Sur l’écran, un plan fixe sur une main sur un accoudoir et un tourne disque, pendant que Snowy White joue les premières notes de «Wish You Were Here» sur une guitare 12 cordes, bientôt doublé par Dave Kilminster, même si sur ce coup là, ils n’ont pas le touché de Gilmour (l’honneur est sauf). Ecrite pour Syd devenu fou, cette chanson a pris une dimension émotionnelle de plus en juillet dernier avec sa mort, et le public qui chante en même temps que Waters nous fait ressentir une communion, une sensation d’osmose qu’on atteint rarement en concert («Biko» de Peter Gabriel par exemple).

A ce stade du concert je ne regrette pas d’être venu, et je me dis que même s’il est cynique, parfois odieux, ce Waters c’est vraiment l’âme de Pink Floyd, et à le voir sur scène, il est fier et heureux de communier cette musique avec nous. D’ailleurs sa période «crachage sur le public» est bel et bien terminée, rassurez vous. Au contraire, rarement un artiste de son calibre (40 ans de carrière, riche au point de pouvoir être en retraite depuis longtemps, renommée quasi religieuse) m’a paru aussi proche de son public, régulièrement en bord de scène, sur les côtés, chantant hors micro avec son public les parties chantées par Kilminster ou Carin, il se fait limite spectateur de son œuvre. Superbe à voir.
Waters, c’est l’écriture, le fond en plus de la forme. Après la suite logique «Syd», il part sur ce terrain risqué pour un artiste : la politique.
Profondément marqué par l’absence de son père mort pendant la seconde guerre mondiale alors qu’il avait 2 ans, toute l’œuvre de Waters est empreinte de messages anti-guerre, sans le côté mièvre du Flower-Power qu’on associe trop souvent à tort à Pink Floyd.
«Southampton Dock» parle du retour des soldats en 1945, et surtout de ceux qui ne sont pas revenus. Sur l’écran derrière, Bush & Blair ont succédé à Bush & Tatcher. Autre décennie, mais c’est toujours d’actualité.
«The Fletcher Memorial Home» va plus loin avec son texte au vitriol qui dit qu’on devrait mettre tout ces dirigeants tyrans dans une maison et leur appliquer la solution finale… Bush est évidemment une fois de plus la star sur l’écran. Musicalement, ce morceau présente l’un des points faibles de la soirée : Roger n’a plus la voix qu’il avait dans les années 80 et ne peut plus forcer autant dessus, et est donc doublé en playback par sa propre voix préenregistrée. Ce n’est pas plus gênant que cela, mais bon, il faut bien trouver des défauts alors je fais ce que je peux.
S’ensuit le meilleur moment de la soirée selon moi, et c’est ironiquement l’un des deux titres de Waters en solo. «Perfect Sense». La voix de HAL 9000 résonne dans Bercy pendant qu’un cosmonaute part du milieu de la salle pour atterrir sur la scène. Bush fils n’a rien inventé, cette chanson écrite pendant la Guerre du Golfe dit :
«Can’t you see? It all makes perfect sense. Expressed in dollars and cents, pounds, shillings, and pence.»
La magistrale PP Arnold chante à pleins poumons ce morceau tout simplement génial, la complainte d’un soldat qu’il réalise qu’il ne sait pas pourquoi il fait la guerre au nom de son pays.
«And the Germans kill the Jews
And the Jews kill the Arabs
And the Arabs kill the hostages
And that is the news»

La seconde partie de la chanson reprise par le public est à couper le souffle. La aussi y’a une larmichette qui a coulé.
Roger marque une petite pause pour nous parler, moitié en anglais, moitié en très bon français, et nous explique que le prochain titre, «Leaving Beirut» raconte une histoire qu’il a vécu au Liban, lorsqu’il avait 17 ans et qu’il était parti à l’aventure au Moyen Orient, sa voiture est tombé en panne, et il a été recueilli par une famille qui lui a offert son lit pour la nuit. Il n’a pas oublié l’hospitalité et l’humanité de ces gens lorsque Tony Blair a apporté son soutien à George Bush pour bombarder leurs semblables au nom des Anglais.
C’est un très beau morceau, long, l’histoire est raconté sous forme de BD à la Sin City sur l’écran, mais je préférais personnellement la démo qui circule sur le net depuis 3 ans, beaucoup plus calme, plus intimiste, et sans solis de guitares tout à fait dispensables.
Dernier morceau de la première partie, avec «Sheep» qui parle de comment des citoyens peuvent bêtement suivre un leader quoi qu’il fasse.

Le légendaire cochon gonflable de Pink Floyd part du côté de la scène et se balade dans Bercy pendant la chanson. Il est couvert de tags «Stop Bush», «Habeas Corpus», «What an asshole Dick Cheney», «Le 10 Août 1789»…
Inutile de dire que l’ambiance devait être tendue lors de la tournée américaine.
Par contre gros reproche sur cette chanson : encore une fois le playback, sauf que sur celle ci, ça fait très moche !
C’est l’entracte pendant un petit quart d’heure, et l’écran a changé de forme, il est désormais circulaire… Lorsque les lumières s’éteignent et que des battements de cœur sourds se font entendre, on sait qu’on est parti pour entendre le clou du spectacle : l’intégralité de l’album historique «Dark Side Of the Moon».
Parfait.
C’est le mot qui me vient à l’esprit, et je ne dirais pas grand chose de plus sur ces 40 minutes. Un «On The Run» halluciné et assourdissant, un «Breathe» magnifique, un solo de batterie et un jeu de guitare anthologiques sur «Time», un «Great Gig In The Sky» avec une Carole Kenyon surpuissante, un «Money» somme toutes assez classique (et la voix de Gilmour manque) et surtout un final «Brain Damage / Eclipse» grandiose avec des effets spéciaux à ne plus savoir ou donner de la tête. Tout ça avec un son incroyable, le fameux rire fou parcourt Bercy, la caisse enregistreuse est partout, et si vous vous demandiez ce que ça ferait d’être dans une horloge de la taille de Bercy, vous auriez du venir écouter «Time».
J’aimais bien «Dark Side Of The Moon» avant ça, mais c’était loin d’être mon album préféré du Floyd. J’ai compris hier soir pourquoi c’est considéré comme leur chef d’œuvre.

Le groupe salue après ce morceau de bravoure, le temps d’une courte pause et de revenir pour LE tube de Pink Floyd : «Another Brick in The Wall». Même si d’un côté je ne supporte plus cette chanson à cause de l’image qu’elle donne de Pink Floyd au grand public et particulièrement aux nouvelles générations, force est de reconnaître que de crier «Hey Teachers, Leave The Kids Alone !» avec Roger Waters, ça le fait.
Ils enchaînent dans la nouvelle suite logique qu’est «The Wall» avec un titre pour le moins surprenant : «Vera» ! Un morceau tout calme, 100 % Waters, qui n’a rien de génial, sauf quand il est suivi de «Bring The Boys Back Home» et vu le titre, vous devinez qu’on revient beaucoup sur le message anti-guerre…
Des sons d’hélicoptère se font entendre, je frémis à l’idée de voir LE morceau de rock, de musique, qu’est «Comfortably Numb». Quiconque ne connaît qu’ «Another Brick In The Wall» doit entendre ce titre pour comprendre à quel point les Pink Floyd ont apporté à la musique.
Roger est pris entre deux murs de lumières entre la scène et le public, Dave Kilminster et Snowy White font un duel Fender vs Gibson (pour moi c’est Gibson qui gagne), Le public savoure ce dernier morceau, qui ne m’a pas déçu malgré l’absence de Gilmour…
Hier soir j’ai vu presque Pink Floyd en concert. Il faudrait que je voie l’autre presque Pink Floyd pour pouvoir dire lequel est le mieux, mais tout ce que je peux dire pour l’instant c’est que ceux qui ont des préjugés en faveur de Gilmour doivent voir Waters en Live, personnellement je n’ai pas été déçu.
Loin de l’image d’égocentrique qu’il s’est donné, je n’ai jamais vu un leader s’effacer autant au profit de son groupe. Il a plus souvent été proche du public que de son micro. Alors même si oui, il triche sur 2 titres parce que sa voix n’est plus la même, ce n’est pas une raison pour le bouder parce qu’il se débrouille toujours très bien, et un timbre comme le sien, il n’y en a pas deux.
La musique de Pink Floyd est intemporelle, surtout quand elle est interprétée avec autant de vigueur, de rigueur et de passion. Roger Waters a de quoi être fier de ce qu’il a fait.








































































