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Peter Gabriel Warm Up Tour Live au Festival des Vieilles Charrues à Carhaix le 20-07-2007
par Azzy le 23/juil/2007, dans Concerts
Peter Gabriel est à l’origine des compte rendus de concert sur Ubikwit. Après l’avoir vu à Bercy en 2003 et 2004 – LE meilleur concert de tout les temps à ce jour- je me suis dit que ce serait vraiment dommage de ne pas garder de traces de ces moments pour m’en souvenir dans quelques années.

Quand j’ai appris qu’il se produisait au Festival des Vieilles Charrues, ça me paraissait évident d’y aller, surtout étant donné le concept de cette tournée d’été.
Pour les 25 ans du festival WOMAD qu’il a crée, Peter a annoncé qu’il y ferait un concert cette année, et dont la setlist serait déterminée par les admirateurs sur son site: chaque personne inscrite fait le top 10 des morceaux qu’elle veut voir en live, en choisissant parmi les titres qu’il n’a pas joué lors des deux dernières tournées. Après dépouillement, ils ont répété pas mal de titres avant le début de la tournée !
Et comme ce serait dommage de répéter tout ça pour un seul concert, il a embarqué sa troupe pour faire les festivals d’Europe. En voilà un beau cadeau !
Nous sommes arrivés sur le gigantesque site du festival vers 15h30, le temps de rejoindre l’entrée à pieds il était 16h. On passe à la fouille, le GPS est consigné, mais mon appareil numérique passe…heureusement que ce n’était pas le reflex.
On rejoint deux éminentes membres du forum PG-FR : Lady Tottington et Ginger, accompagnées par la Vachette et un gâteau breton.
On patiente en attendant Nicolinux, Froggy et MondeSecret qui ne tardent pas à nous rejoindre. On ne trouve malhureusement pas Ovomaltine et Pythagoras.
Vers 17h, on se dirige vers la scène Glenmor ou Donavon Frankenreiter est sur scène. C’est pas mal du tout d’ailleurs, du bon blues rock avec orgue Hamond de rigueur. Ca sonne très bien malgré le fait que ce soit en plein air.
On patiente pendant que Galaxie s’excite sur la scène d’en face.. On ne se balade pas, préférant garder nos places pour être aux premières loges à 20h50.
Une fois que Galaxie termine, c’est Ayo qui entre sur scène devant nous. Une chanteuse style pop-soul suave. Le genre que j’aime pas du tout. Et je me suis ennuyé comme jamais, j’en voyais pas le bout.

Il y a déjà énormément d’alcool sur le site, et voir des gars ivres morts étendus dans la boue à 18h, ça ne présage rien de bon.
Ayo termine (enfin…) et en face Higelin prend la relève : cruel dilemme. On décide de rester, Ginger et la Vachette tentent le compromis mais reviennent bredouille au bout de 10 minutes: la plaine devant la scène est en pente ascendante, du fond on voit très bien les voisins de devant, mais pas du tout la scène. C’est d’autant plus regrettable qu’Higelin a sorti un nouvel album, Amor Doloroso, il y a six mois, mai il ne joue que des vieux titres ! A voir sur les écrans ça devait valoir le coup, il a de l’énergie à revendre.
On est rejoints devant la scène par Kaini et Ocean, dont c’était le baptême du feu ce soir: quoi qu’on en dise, superbe façon de découvrir Peter Gabriel en live…
Wren et sa moitié nous rejoignent aussi, le T-shirt – plus ou moins – pgfrien se repère, et on commence à former un beau petit groupe, Ovo et sa petite famille étant de la fête aussi.
Très bonne ambiance, la moyenne d’âge vieillit devant la scène et c’est pas un mal, il y a moins de saoulôts… Tant mieux parce que ça ne s’arrange pas de ce côté: un gars plus qu’éméché est embarqué manu militari par la sécurité après être tombé sur une enfant. Familial les Vieilles Charrues ? Oui, sur le papier.
Pendant qu’Higelin se produit sur la scène Kerouac, Dickie Chappell et ses sbires installent le matos de Peter et cie. Ged Lynch vient lui même peaufiner ses réglages.
Sur l’écran, Higelin salue… on y est presque.

On entend les percussions de Rhythm Of The Heat; les lumières s’allument et les musiciens entrent sur scène.
- Tony Levin, bassiste de renommée intergalactique, avec sa grande silhouette chauve mais néanmoins toujours aussi moustachue.
- le fidèle David Rhodes, guitariste du quatuor des chauves.
- Ged Lynch, le héros de la soirée à la batterie.
- Richard Evans, multi-instrumentiste, beaucoup plus à l’aise qu’en 2003-2004.
- Angie Pollock, la petite nouvelle aux claviers et aux chœurs.
- Mélanie Gabriel, fille de qui vous savez, aux chœurs et aux truc programmés… je sais pas trop ce qu’elle faisait en fait en plus des chœurs.
Et enfin Peter Gabriel, très classe, très humble, très humain. Ma personnalité de jeune groupie me faisait verser une larme à chacune de ses entrées sur scène en 2003 et 2004, et elle peut ajouter 2007 au palmarès. Sa personnalité, sa présence, son charisme et -n’ayons pas peur des mots – son génie en imposent.
Première surprise : vocalement c’est nickel ! Bien meilleur qu’en 2004 ou à l’entendre on pouvait faire une croix sur pas mal d’anciens titres qui nécessitaient de monter assez haut. Ici, le cri au début de Rhythm Of The Heat remet les choses à leur place.
Deuxième surprise – sans en être une – Ged Lynch est génial. Il s’éclate sur ce morceau qu’on jurerait avoir été composé pour lui. C’est un batteur de la classe des cogneurs, mais avec panache et un certain touché. Manu Katché – batteur attitré de Peter avant qu’il se ne reconvertisse mercenaire télévisuel – ne manque pas du tout.
Le mythique final, que jamais je n’aurais espéré imaginer avoir la chance de voir en live un jour, est magnifique. L’avalanche de percussions délivrée par Ged, David et Richard est à couper le souffle.
Seul point noir du morceau: un vigile m’a vu prendre une photo. Plus de photos donc. D’habitude ça me mine un concert mais là je m’en fout totalement.
Second vieux titre « On The Air ». Il était loin de figurer dans ma liste de titres à voir en live, mais ça fait plaisir quand même. Tony Levin au meilleur de sa forme, il occupe la moitié de la scène en hauteur et en largeur, cambré sur ses immenses jambes dans une posture de rock star.
Un bon morceau, mais que je trouve pas mal vieilli.
Peter prend le temps d’expliquer – en français of course – sa démarche pour cette tournée, pour « dépoussiérer les anciens morceaux » comme il le dit lui même.
Le morceau suivant est encore un pour Ged Lynch : « Intruder ». La ligne de batterie, composée par un certain Phil Collins sans utiliser les cymbales suite à la demande de Peter Gabriel en 1980, est inquiétante, et avec Ged aux baguettes ça percute. L’ambiance du morceau n’a pas eu besoin d’un grand dépoussiérage, et c’est une joie inexpressible de voir ce morceau en live pour moi. C’est – après OvO – le morceau qui m’a fait découvrir le Gabriel plus ancien grâce au maillon « Phil Collins ». Ce titre n’étant pas un tube, les chances de le voir en live un jour n’étaient pas de mon côté.
Enchaînement avec une deuxième chanson de PG III : « No Self Control ». Grosse surprise encore. La version CD a pas mal vieilli, j’ai jamais vraiment accroché. Là on a eu droit à un vrai dépoussiérage dans les règles de l’art. Richard Evans joue du Marimba sur un rythme « remix », tout comme les choeurs de Mélanie. Très étrange, mais ça fait plaisir à entendre, on redécouvre le morceau. Peter bouge enfin de derrière les claviers, il est en grande forme, je me répète mais vocalement c’est bluffant.
Quelques gouttes commencent à tomber sur le public pendant que Peter chante « I walk on through the rain »…

La chanson suivante confirme l’aisance vocale de Peter: « Blood Of Eden », issue de l’album « Us » en 92. J’attendais Peter au tournant lorsqu’il devait forcer sur sa voix et monter dans les aigus… et il le fait sans problèmes ! Mélanie assure les chœurs chantés par Sinead O’Connor sur la version album, elle s’en tire bien, mais pas de coup d’éclat non plus.
Pendant que Peter explique la chanson suivante, « Family Snapshot », un gars pas loin sur ma droite n’en revient pas et s’exclame tout haut « Oh putain non je vais chialer là »… et il laisse échapper sa joie entre le silence qui suit l’annonce du titre par Peter et le début du morceau d’un « Yes ! » retentissant. Et je le comprend. On est décidément gâtés en titres de PG III puisque Peter nous chante à la perfection ce morceau en plusieurs phases plus ou moins rythmées. Et mon voisin enthousiaste sur la droite n’était pas tout seul à verser sa larme sur le dernier couplet, chanté doucement « I shoot into the light ». Les grands moments sont trop nombreux sur ce concert pourtant court, mais celui ci en fait indéniablement partie.
« Big Time » est joué ensuite. J’ai un gros problème avec Big Time, un titre pop dans le plus pur style ’80s qui critique justement le système de fabrication de stars à l’époque. Bon ça s’écoute, je crache pas dessus, mais la comparaison avec ce qu’on a eu avant n’a rien à voir.
On continue sur une setlist beaucoup plus classique avec l’indispensable – quoique… – « Solsbury Hill ». Version très énergique, avec le petit pas de danse ou les joyeux quinquagénaires Peter, Tony et David gambadent sur la scène comme Candy dans le dessin animé. Bonne ambiance, le public se réveille puisqu’il connaît.
Et enchaînement logique avec l’encore plus archi-connu « Sledgehammer », avec l’introduction chantée par les connaisseurs sur la ligne de basse/batterie en attendant qu’Angie lance les cuivres. Et c’est parti, Peter se déhanche comme il y a 20 ans, prenant visiblement toujours autant plaisir avec le double sens de ces paroles. Là encore un pas de danse particulièrement savoureux avec les trois danseurs émérites qui nous rappellent le french cancan. J’ai beaucoup mieux apprécié ce titre, très spontané, très pop, en concert style festival que dans le cadre de la tournée (Still) Growing Up ou Peter était affublé d’une veste en ampoules électriques qui diffusaient de la lumière en fonction de ses mouvements. Visuellement c’était génial, mais avec un élément de comparaison, musicalement, ça manquait de spontanéité. L’idéal est de voir Gabriel en configuration tournée normale pour le côté inventif, pro etc, et en configuration « festival » pour le côté un peu plus détendu.
Nos avons eu droit à la facette « humanitaire » ou tout simplement la facette « homme du monde » de Peter Gabriel, qui n’a pas été décoré du titre d’ »Homme de la Paix 2006″ par un jury de prix Nobel pour rien. Il s’agit de ma chanson favorite – si vraiment je devais en choisir qu’une – issue de Up : « Signal To Noise ».
Ce morceau, qui a été écrit sur une période de 10 ans, nous montre à quel point notre société de l’ère de l’information ne résout pas les problèmes dans le monde, bien au contraire: les véritables infos sont noyées dans le bruit sonore des infos inintéressantes, multipliées ou simplement fausses. Prenez la couverture médiatique de la crise du Darfour pendant la campagne présidentielle française et vous aurez un bon exemple.
L’interprétation de ce morceau avait quelque chose de spécial ce soir. Après le premier couplet, Peter lance la partie chantée par le regretté Nusrat Fateh Ali Khan, chanteur pakistanais soufi décédé en 1997. Pendant que les cris de Nusrat retentissent, donnant la chair de poule, Gabriel fait un signe du bras en arc de cercle, comme un salut lointain en direction du public. On tourne la tête pour découvrir un immense arc en ciel complet qui se découpe en face de la scène. L’âme de Nusrat n’aura jamais été aussi présente que pendant cette soirée.
Le crescendo est maîtrisé à la perfection par Ged et David qui arrache des accords de sa Gibson, Tony qui torture son violoncelle, et le public qui scande cet hymne avec Peter « Receive And Transmit ». Un autre grand moment, la puissance de la Musique dans sa plus belle perfection.

Et c’est déjà la fin, il s’éclipsent en coulisses les un après les autres pendant que Ged et David terminent le morceau.
Il reviennent pour jouer « Secret World », une autre valeur sûr en live depuis 1992. David Rhodes est plus que jamais mis en valeur, épaulé – le mot est faible – par Tony Levin.
Peter ne se relâche pas et entraîne le public, qui lui rend bien.
Avant le second (et dernier) rappel, Peter invite sur scène un certain… Daby Touré ! Le mauritanien arrive sur scène, tranquille, en jean et T-shirt, et c’est parti pour un « In Your Eyes » anthologique !
A l’origine chanté en duo avec Youssou N’Dour, Daby était déjà venu chanter avec Peter à Bercy en 2004, ou nous l’avions découvert. Depuis nous l’avons vu 2 fois en concert, et à chaque fois son énergie communicative nous a fait passer de très bons moments… et il en a été de même sur ce « In Your Eyes » ou les joutes vocales entre Daby et Peter ont poussé ce dernier dans ses derniers retranchements… et il ne s’est pas laissé faire, montant dans les aigus comme jamais, courant d’un bout à l’autre de la scène. Malgré le fait que cette chanson soit un classique (jouée 3 fois sur les 3 concerts que j’ai vu), elle est toujours aussi agréable, et la fin du morceau avec Peter balayant le public de la main en chantant « Oh… it’s in your eyes… » est assurément une belle fin, bien que ce soit malheureusement une fin, on aurait aimé que ça continue encore, nous n’avons pas vu passer la dernière heure…

Au programme de la soirée, nous devions attendre encore une heure et demie pour voir les fameux Arcade Fire en concert, après le rendez-vous manqué à Lille en avril.
Sauf que…
Sauf que le public civilisé de Peter Gabriel s’est éparpillé, et les saoulôts sont revenus en force. On s’est reculés pour être moins exposés et on a patienté. Les personnes saines étaient clairement en infériorité face aux adeptes d’alcools (et c’était pas du cidre mais plutôt du pastis, de la vodka et autres tequila…) Au fur et à mesure que l’heure du début du concert d’Arcade Fire approchait, il y avait de plus en plus de mouvements. Un couple, la cinquantaine, parfait pour montrer à quel point le festival est « familial » a eu la bonne surprise de se faire uriner dessus par un abruti qui ne voulait pas bouger.
Après avoir hésité on décide de rester. Le concert commence. Il y a des mouvements de foule dans tout les sens, des abrutis qui chargent etc. On a du mal à suivre « Black Mirror ».
Mais quand c’est « No Cars Go » qui commence, là ça devient inquiétant. On est poussés de derrière, puis de la droite. Leslie est prise d’une crise de panique et d’asthme, elle n’arrive plus à respirer. Pas trace de la sécurité du festival, j’ai du la porter d’un bras en me frayant un passage au milieu des gens trop saouls pour comprendre. Heureusement que tous ne l’étaient pas, et un jeune déguisé en Viking m’a aidé à ouvrir la route jusqu’au stand de la Croix Rouge. Elle a été auscultée sur place, soignée, mise sous oxygène quelques instants puis transportée de l’autre côté de la scène pour être auscultée par un médecin. Plus de peur que de mal, on est repartis un quart d’heure après.
Je ne raconte pas tout cela pour raconter ma vie, mais simplement à titre d’exemple: les Vieilles Charrues c’est bien, mais la fréquentation moins. Tant qu’on interdira pas l’alcool sur le site, ceux qui veulent voir les têtes d’affiches qui passent tard et/ou destinés à un public jeune doivent savoir à quoi s’attendre. Et si vous y allez en famille, préférez les groupes locaux aux stars, malheureusement à cause du non-respect de certains, l’ensemble est terni. Pour notre part, on ne reviendra pas aux Vieilles Charrues… sauf peut-être pour Peter Gabriel…uniquement. Son public est à son image.
Bilan : On était venus pour deux groupes : 50 % pour Peter Gabriel, 50% pour Arcade Fire. Peter Gabriel m’a énormément surpris, et malgré la durée de son set et les trajets Lille-Paris-Carhaix, ça valait largement le déplacement. Ses concerts ont ce petit quelque chose magique et indéfinissable qui en font des moments hors du temps.
Le Festival en lui-même : c’est grand, mais c’est beaucoup trop alcoolisé.
On retiendra un concert de Gabriel génial, et des rencontres très sympathiques entre pg-friens !
Merci à Lady Tottington pour le gâteau, au valeureux Viking pour la défense des opprimés et à ma chérie pour les sacrifices qu’elle a fait.