Yann Tiersen – Portrait

Portrait

Yann Tiersen

2019 - Mute

La période de Noël est propice aux best-of, et s’il y en a bien un qu’on attendait pas sur ce créneau, c’est Yann Tiersen. Et pourtant… « Portrait » est un véritable album indispensable du musicien breton.

Parce que Yann Tiersen fait ce qui lui plait. Il suffit de voir son parcours depuis sa révélation au très grand public avec un certain film de Jean-Pierre Jeunet: catalogué « auteur de B.O. parisienne », il s’est tourné vers le post-rock, alternant avec des albums seul au piano, quelques B.O. pour des films indépendants, et surtout, ancré sur l’île d’Ouessant.

Avec une certaine amertume sur la réutilisation de titres enregistrés avant le film et l’association « Tiersen / Montmartre » dans les médias, Yann Tiersen, breton convaincu, a voulu se « ré-approprier » ses titres, qu’il a re-orchestré, re-enregistré dans son studio sur Ouessant, tout en analogique, à l’ancienne. Et, sans tomber dans le snobisme, cela s’entend. La première écoute au casque est un veritable voyage au plus proche des instruments en studio.

Introductary Movement : on a l’impression que Yann Tiersen s’invite sur la B.O. de Tchernobyl, le violon aérien plane au dessus d’ambiances torturées, avec les vrombissements électriques de la guitare de Stephen O’Malley.

The Long Road : une qualité d’enregistrement parfaite, l’écoute au casque est vertigineuse, on est à côté du piano de Yann pour ce retour réussi sur l’excellentissime B.O. du film « Tabarly ».

Monochrome : là encore une qualité de son, d’arrangements tout en retenue, exit Dominique A au chant, et bienvenue à Gruff Rhys, chanteur gallois du groupe Super Furry Animals, et Emilie Tiersen, discrète. Une nouvelle version qui déstabilise mais qui fonctionne aussi bien.

Chapter 19 : Sur « Dust Lane » c’était un crescendo abrupt, avec force batteries. Ici on commence tout en douceur avec un simple piano, et on se dit qu’on va perdre cette montée en puissance. Mais non, au contraire. Le piano occupe l’espace, le violon est dramatiquement beau, les cloches, les dissonances, tout contribue à magnifier le morceau, chair de poule sur les avant-bras garantie.

Rue des Cascades : Yann a toujours été mécontent du traitement numérique réservé à la version la plus connue de cette chanson, utilisée sur le film de Jean-Pierre Jeunet. On sent dans cette version une volonté de Yann de se réapproprier la chanson, et d’y parvenir avec élégance et soulagement.

The Old Man Still Wants It : Le piano nerveux revisite ce titre de 1996, petit intermède instrumental avant de repartir sur le prochain titre chanté.

Gwennillied : Emilie Tiersen reprend ce titre récent issu du dernier album, le magnifique « ALL ». Là où sur la version album on a la magnifique voix de baryton de Denez Prigent, c’est cette fois la femme de Yann qui officie, contrepoint féminin qui fonctionne tout aussi bien, sur une ambiance peut-être encore plus majestueuse, plus dramatique aussi. Une grande réussite.

Prad : on continue de revisiter « ALL » avec Stephen O’Malley, aussi connu sous le pseudo de SOMA, en guest. SOMA est un guitariste de doom-métal, donc on se demande bien ce qu’il vient faire chez Tiersen: sa guitare électrique lointaine, tout en drones torturés, contraste avec le piano de Yann. Là encore, le morceau dégage une puissance insoupçonnée.

Diouz an Noz : Emilie Tiersen  et Ólavur Jákupsson au chant en duo sur ce joli titre, ambiance piano & theremin, mais on a du mal à redescendre de l’ambiance de « Prad ».

Porz Goret : « EUSA » est aussi repris, avec l’emblématique Porz Goret, le morceau le plus yanntiersennesque au monde : quiconque n’a jamais entendu ce morceau peut dire à la première écoute « C’est Yann Tiersen ça non ? ». Je ne trouve pas beaucoup de changements pas rapport à la version de « EUSA », mais c’est toujours un plaisir de l’entendre.

La Dispute : là encore, Yann a fait un gros travail de ré-appropriation sur ce morceau, qui, selon Yann, dépeint une situation violente, dramatique, et considéré à tort comme « romantique » depuis son utilisation dans le film de Jean-Pierre Jeunet.

Pell : un morceau tout en douceur, composé par Yann et Emilie pour leur tout jeune fils sur « ALL ». Un morceau en breton, pour lui expliquer l’île d’Ouessant, ou les Tiersen vivent. Et que ce qui est loin (« Pell en breton ») est relatif… Cette nouvelle version est une relecture du morceau, ni meilleure ni moins bonne que l’original.

Erc’h : c’est aussi une relecture de « ALL » et, quelle relecture. On a tous déjà entendu un morceau en se disant « C’est génial mais… » Et Yann, sur « Portrait », réalise mon voeu. Ce morceau est désormais génial. Exit les effets de voix un peu trop marqués sur la voix d’Ólavur, Erc’h est relu à l’envers, les choeurs sont au début, les bruits de pas à la fin, et c’est tout simplement plus doux, plus naturel.

Sur le Fil : toujours un grand moment lorsqu’on voit Yann en concert, avec son archet dépenaillé à la fin de ce tour de force. Sur « Portrait » la qualité de la performance et de l’enregistrement rendent justice à ce morceau.

La Valse des Monstres : nouvelle relecture, en profondeur, de ce titre. Exit l’accordéon, et entrent le clavecin et l’orgue. Magique.

Closer : sur ce titre, Yann invite le groupe new yorkais « Blonde Redhead » pour interprêter « Closer », mais me séduit moins sur ce titre. Il en faut bien un, sinon cette analyse de l’album serait trop dithyrambique.

Naval : la B.O. de Tabarly est aussi de l’aventure analogique de « Portrait » pour mon plus grand plaisir, cette B.O. étant ma préférée de Tiersen, qui nous livre une fois de plus une belle relecture de ce morceau seul au piano.

La jettée : reinterprétation surprenante de ce morceau à l’origine au piano, et désormais au clavecin !

Koad : on revient sur « ALL », pour une nouvelle version de ce titre chanté à l’origine par la suédoise Anna Von Hausswolff. Ce sont cette fois les fidèles Olavur et Emilie qui officient. Encore une très belle relecture.

Prayer n°2 : issue de « Rue des Cascades », Prière n°2 a aussi droit à la réinterprétation au clavecin.

Gronjord : Petit détour sur « Infinity », autre chef d’oeuvre de la discographie de Tiersen, pour un traitement plus « chaleureux », « Infinity » était très minéral. Le piano rend cette nouvelle version plus chaude. Je regrette un peu les échos un peu trop marqués, mais ça reste une belle reinterprétation.

Kala : issu de « Les Retrouvailles », où la divine Elizabeth Fraser posait sa voix sur « Kala ». Désormais c’est le chant éthéré d’Olavur qui se pose sur le piano tout aussi atmosphérique. Très jolie version, mais je crois que je préfère l’originale pour le moment.

Comptine d’un autre été (Après-Midi) : un des titres les plus connus du grand public, auquel s’attaquent tout les étudiants pianistes. C’est ici un enregistrement en tout simplicité, mais efficace dans la démarche de « Portrait ».

Tempelhof (part 2) : le morceau d’ouverture de « ALL » se voit ici remanié, sur une petite minute, avec force cloches grandiloquentes.

Thinking Like A Mountain : ce titre fait beaucoup penser à du Philip Glass, et on y retrouve Stephen O’Malley, ainsi que l’immense John Grant en tant que narrateur sur un texte d’Aldo Leopold, précuseur de l’écologie. Reminiscent de l’ambiance d’infinity, c’est encore un chef d’oeuvre, pour clore ce best-of / album de Yann Tiersen.

Sur la version vinyl, nous avons droit à deux titres en bonus, il s’agit de versions clavecin de « La Valse des Monstres » et de « Comptine d’un autre été (Après-Midi).

Vous l’aurez compris, Yann Tiersen nous livre avec « Portrait » un de ses chefs d’oeuvre. Il célèbre en filigrane Ouessant, indissociable de son oeuvre, et l’Eskal, l’ancienne boîte de nuit de l’ïle que Tiersen a reconverti en studio analogique / salle de concert.
Il y a plusieurs Tiersen, entre le pianiste, l’expérimentateur de synthétiseurs, le guitariste électrique, et quelque part, « Portrait » est une sorte de compromis entre les différentes époques de sa carrière.

 

 

 

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