Steven Wilson @ Théâtre Sébastopol de Lille 13 mars 2018

Steven Wilson, l’hyperactif « King Of Prog », ex-Porcupine Tree, songwriter prolifique, producteur émérite, remaster des grands noms la scène progressive, mais aussi membre de Blackfield, No-Man…. bref… Steven Wilson donc, est au théâtre Sébastopol ce soir, pour promouvoir son album « To The Bone ».

La dernière fois que j’ai vu Steven Wilson, c’était au Splendid en 2007 et c’était avec Porcupine Tree. C’était ma première accréditation photo d’ailleurs. C’était un concert mémorable, et j’ai toujours la nostalgie de ce groupe, mis en sommeil (définitif ?) par Steven Wilson en 2009, après « The Incident ». Il s’est depuis lancé dans une carrière solo, et « To The Bone » en est le sixième album, déjà.
J’ai eu du mal à accrocher à « Insurgentes », son premier album solo, et j’ai un peu décroché, à ma grande honte. J’ai rattrapé le retard récemment, et ai redécouvert « Hand. Cannot. Erase », puis « The Raven That Refused To Sing », qui sont d’excellents albums. Ce n’est jamais très gai, comme toujours avec Steven Wilson, dont les sujets de prédilection sont les travers du monde moderne, la violence, les médicaments, les armes, la joie de vivre… Mais c’est toujours une musique de très grande qualité: Wilson est à mes yeux le digne héritier de dinosaures comme King Crimson, Yes ou même Pink Floyd: du rock progressif qu’il a digéré à sa manière, en musclant un peu tout ça avec des gros riffs métal. En somme, il a modernisé la musique complexe du progressif.

Me voilà donc au Théâtre Sébastopol, plein, avec un public hélas assis. Steven Wilson le déplorera également. Je ne comprends toujours pas pourquoi il se retrouve au Sébastopol, Lille ne manquant pas de salles ou il pourrait se produire dans des conditions plus adéquates avec un rock élaboré, mais musclé.

Le spectacle commence par un petit film, qui à première vue, n’a rien de révolutionnaire: une diaporama de photos (un père et sa fille, des jeunes au bord de mer, un SDF, un terroriste…) sur lesquelles sont écrit un mot les décrivant: confiance, bonheur, indifférence, haine… Jusque là, rien de transcendant. Sauf que les images passent une seconde fois, plus rapide, et les mots sont mélangés… sur le SDF, c’était « indifférence », désormais, c’est « mort ». Sur les jeunes au bord de mer, c’était « Bonheur », maintenant c’est « faux »… etc. Et ça tourne, en boucle, ça s’accélère. C’est très bien fait, on est d’emblée dans le monde de Steven Wilson: c’est pas joyeux, et les médias peuvent faire dire ce qu’ils veulent des images.

Le concert commence pour de bon avec le groupe derrière un fin drap sur lequel est projeté des animations. De la régie, où je suis autorisé à photographier, cela n’a rien de sensationnel, c’est déjà vu, et du point de vu du photographe, c’est même casse-c… Mais j’y reviendrai.
« Pariah » succède à « Nowhere Now », le visage de Ninet Tayeb, qui fait la voix féminine sur la version album est projeté sur l’écran. Ca joue très fort, Steven Wilson, jeune cinquantenaire qui parait 20 ans de moins, est en grande forme, pieds nus comme toujours, il parcourt la scène de long en large, sa guitare sur le haut de sa cuisse.
A sa droite, je retrouve l’excellentissime Nick Beggs, le bassiste loufoque déjà vu aux côtés de Steve Hackett en 2009.
De l’autre côté, à la guitare électrique, il s’agit d’Alex Hutchings. Et en fond de scène, on trouve Adam Holzman aux claviers (pour l’anecdote, il a joué avec Miles Davis) et à la batterie, c’est Craig Blundell.

A la fin du second morceau, l’écran est rangé et on est directement face au groupe sur « Home Invasion », et les choses sérieuses commencent avec un riff rythmique digne d’un Robert Fripp. Les choses se calment un peu sur « Regret #9 », plus floydien, enchainé naturellement. Adam Holzman y fait des merveilles.

Retour en arrière sur la prolifique carrière de Steven Wilson (« Who has got all my 942 albums ? ») avec « The Creator Has a Mastertape » de l’époque Porcupine Tree. Nick Beggs est sensationnel, ça fait du bien d’entendre ce morceau ré-interprété par ce groupe.

Steven commence « Refuge », issu de « To The Bone », assis sur un tabouret de bar, avant de se lâcher sur la guitare que lui ramène le roadie dans la seconde partie du morceau. On est distraits de la scène par le clip dérangeant mais génial de « People Who Eat Darkness » ensuite, avant d’avoir droit au chef d’œuvre de « Hand. Cannot. Erase », avec « Ancestral », 13 minutes de perfection.
Une heure quinze de concert viennent de passer, et je ne m’en suis pas rendu compte, c’est déjà l’entracte.

Vingt minutes après, le groupe revient petit a petit. Craig taquine ses cymbales, Nick joue de l’œuf musical, bientôt rejoint par Steven. Adam et Alex eux, égrènent la mélodie d’un chef d’oeuvre de Porcupine Tree avec « Arriving Somewhere But Not Here ». Un autre grand moment du concert, avant une petite leçon de ce qu’est la pop music par Steven Wilson, déjà sur la défensive. En effet le morceau suivant est le controversé « Permanating », inspiré par la musique d’Abba… j’ai souri en l’entendant la première fois, d’un sourire vite crispé. Je ne suis pas le seul, les admirateurs de Steven Wilson se scindant en deux camps sur ce sujet brûlant. A-t-il vendu son âme au diable ? Si on aime par Permanating, c’est parce qu’on est un snob du rock ?
Après avoir vu en live, le seul élément de réponse que j’ai, c’est que ce n’est pas la première chanson pop que Steven Wilson compose, loin s’en faut, et ce n’est pas non plus la meilleure… Mais ça a le mérite de faire sourire, Steven Wilson le premier, confessant adorer voir des barbus tatoués avec des tshirt « Opeth » ou « Pantera » se trémousser sur « Permanating ».

Sur le morceau suivant, je suis bluffé. « Il s’agit de « Song Of I », pas ma préférée de « To The Bone », même si elle a le mérite de changer, avec son accompagnement minimaliste. Là où je suis bluffé c’est pas l’hologramme de la danseuse projeté en avant-scène. J’ai mis deux morceaux à réaliser que le drap était de retour, c’est juste que du quatrième rang, l’effet est beaucoup plus impressionnant et réussi. Même si, et c’est le cas aussi sur le morceau suivant, le tube pop de Porcupine Tree « Lazarus », les projections distraient pas mal de ce qui se passe sur scène.

« Detonation » prends un peu plus de temps à me captiver, mais au bout de 3 minutes, on retrouve le son, la construction du morceau propre à Steven Wilson depuis Porcupine Tree. Au final, c’est un excellent titre complexe, sans doute le meilleur de « To The Bone » avec « The Same Asylum As Before » qu’ils jouent ensuite. Steven prévient avant que c’est un essai pour chanter comme Prince, donc il y a un clip sympa derrière pour pas trop qu’on le regarde essayer de chanter comme Prince. Il ne s’en sort pas si mal d’ailleurs, mais le clip de Lasse Hoile distrait encore de la scène.

Ambiance plus calme, centré sur le clavier d’Adam, Steven de retour sur son tabouret pour « Heartattack In a Layby » de l’époque Porcupine Tree, grand moment de nostalgie en ce qui me concerne. Le jeu d’Alex à la guitare est superbe, transformant le morceau juste ce qu’il faut.

Et changement radical d’ambiance pour le plus difficile d’accès « Vermillioncore », avant le final magistral de « Sleep Together » et son crescendo qui m’a mis la chair de poule.

Steven reviendra sur scène pour un rappel à l’ancienne, la guitare dans une main, un petit ampli à lampe dans l’autre. il le branche, attends que ça chauffe, et nous livre une version dépouillée d' »Even Less », qui fête cette année ses vingts ans.
Et, histoire de nous laisser sur une note joyeuse, le groupe reviendra pour jouer « The Raven That Refused To Sing », dont le clip a lui seul est une réussite.

Steven Wilson à Lille : la setlist

Nowhere Now
Pariah
Home Invasion
Regret #9
The Creator Has a Mastertape
Refuge
People Who Eat Darkness
Ancestral

Entracte

Arriving Somewhere but Not Here
Permanating
Song of I
Lazarus
Detonation
The Same Asylum as Before
Heartattack in a Layby
Vermillioncore
Sleep Together

Rappels:
Even Less
The Raven That Refused to Sing

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