The Musical Box @ Lille 08 mars 2012

The Musical Box, c’est un tribute band de Genesis, c’est même LE tribute band. Forts d’une réputation sans failles dans le monde entier depuis pas loin d’une vingtaine d’années, ils se sont offerts à l’occasion des guests stars comme Steve Hackett et même un certain Phil Collins. Peu connus en France, où ils se contentent d’habitude d’une unique date parisienne, ils emmènent cette fois leur spectacle en province.

Attention, quand je dis « leur » spectacle, ce n’est pas leur rendre honneur. c’est un tribute band, donc ils reprennent les albums de Genesis, mais pas seulement: avec The Musical Box, ça va beaucoup plus loin, et le mimétisme inclue les lumières, les projections, la mise en scène, et même les coupes de cheveux et vêtements d’époque !

Ca peut sembler curieux (au mieux) ou kitsch (au pire), mais est-ce que ce jeu de caméléon suffit à faire un bon concert ?
Et bien oui, parce qu’une interprétation de la musique de Genesis avec autant de précision et de passion, c’est un délice, pour autant qu’on soit fan de leur musique époque « Peter Gabriel ».
Petite mise au point : je ne rentrerais pas dans le débat du « C’était mieux avant, c’est que ces vilains copieurs »: The Musical Box m’a permis de vivre un concert du Lamb, c’est inespéré vu qu’à l’époque javais  -8 ans, donc même avec toute la bonne volonté du monde…

The Musical box a donc remonté la mythique tournée « The Lamb » issu du double concept album « The Lamb Lies Down On Broadway », sorti en 1974. Le graal pour bien des fans, l’album étant souvent plébiscité comme le meilleur de l’époque Gabriel. Pour ajouter à la légendes, autant on a des images des tournées de 72, 73 ou 74, autant il y a très peu de document visuels de la tournée de 75. Quelques vidéos floues, sans son, pas grand chose de plus. C’est d’autant plus regrettable que Peter Gabriel, dans sa démarche de mise en scène artistique, avait poussé très loin le concept, et a même failli le prolonger en long métrage… mais c’est une autre histoire.
Ce soir nous avons donc The Musical Box, qui reprend intégralement ce spectacle, avec les projections d’époque, les costumes et déguisements refaits. En un mot : génial.

The Musical Box c’est 5 musiciens qui viennent du Québec. tout d’abord il y a Denis Gagné qui joue « Peter Gabriel », Marc Laflamme fait « Phil collins » – même vocalement d’ailleurs, c’est flippant – Sébastien Lamothe joue « Mike Rutherford », tout de blanc vêtu avec sa double guitare/basse, à côté de lui, François Gagnon joue un Steve Hackett plus vrai que nature, avec le Son « Hackett ». De l’autre côté de la scène, Michel Cloutier fait le placide « Tony Banks ».

Le concert commence pile à l’heure, et Denis / Peter nous raconte de quoi va parler le concert, mi en anglais / mi en français: l’histoire de Rael, le jeune porto-ricain qui vit dans les égouts de New York, qui subit un voyage halluciné dans le New York des années 70.
Ce qui frappe immédiatement;.. c’est le phrasé, les mimiques de Denis : je crois entendre un bootleg de la tournée de 75. C’est parti: le son est puissant, pas très « propre », mais la justesse des instruments est incroyable : le son est le même, avec les imperfections d’époque. Il n’y a peut être pas le touché de Phil Collins ou de Steve Hackett, mais on s’en approche de très près.
Ce n’est pas pour rien que Genesis et surtout Peter Gabriel, dont l’attrait qu’il a pour cette période de sa vie est au mieux de la nostalgie amusée, ont accepté de leur confier les diapositives originales ainsi que les instructions de mise en scène.
Les premiers morceaux s’enchaînent vite, je n’ai pas beaucoup le loisir d’en profiter vu que je tente de prendre des photos correctes au Théâtre Sébastopol… l’exercice est toujours aussi pénible. Je regagne ma place sur « Cuckoo Cocoon ». Des gradins, le son est un peu mieux.

J’ai la chair de poule sur « In the Cage »: le tempo me semble plus lent que sur l’original, mais la montée en puissance est bel et bien là. Denis, torse nu, habite la scène: il a su s’approprier le charisme de son ancêtre. Il revient, rhabillé, d’une démarche d’automate pour « The Grand Parade Of Lifeless Packaging ».
Petit interlude ou Denis nous explique la suite des réjouissances. Ca ne s’arrange pas pour Rael qui finir dans la chambre aux 32 portes… Ca commence avec « Back In NYC » le « Helter Skelter » de Genesies. Denis Gagné s’en sort très bien vocalement. Son timbre de voix fait pas mal penser à celui de Peter Gabriel, mais il manque quelque chose par rapport à ce dernier : les imperfections de sa voix au bord de l’écorchure à cette époque. On est plus proches d’un Peter Nicholls d’IQ.

« Hairless Heart », un grand moment de guitare électrique, mais après avoir vu Hackett l’interprèter il y a 2 ans… ce n’est quand même pas pareil. Et ça continue sans transition sur le déjanté « Counting Out Time ». Le son des claviers de Banks sont biens là, rien à redire.

Vient par contre peut être la déception du concert « The Carpet Crawlers » qui m’a semblé moins habité que la version joué au stade de France par le Genesis de Phil Collins en 2007. Paradoxal quand même ? La première partie se termine sur « The Chamber Of 32 Doors ». On est déjà à la moitié du concert, ça passe très vite. Je m’attendais à une entracte, mais non Denis nous explique à nouveau la suite de l’histoire, d’une traite tout ce qui va arriver jusqu’à la fin, avec des rencontres aussi traumatisantes que Lilywhite Lilith, Lamia, le Docteur Dyper ou même le fameux frère de Rael, John. Gros son enconre sur « Lilytwhite Lilith », avant le « Waiting Room » hallucinogène, sans mélodie, sans paroles, mais avec plein de son et surtout… deux projecteurs qui nous éblouissent sur la fin. Au moins on fait le voyage avec Rael, pas de doute. Autant « The Waiting Room » est moyennement intéressant sur l’album, en live c’est déjà moins rébarbatif.
« Anyway », morceau plus classique, sorte de calme avant la tempête qui suit avec « Here Comes The Supernatural Anaesthetist » puis « The Lamia qui commence dans la pénombre, on voit une sorte de grand vase bleu au centre de la scène, Denis et dedans…et lorsque les lumières s’allument, le vase se met à tourner : très belle ambiance, qui contraste bien avec « The Colony Of Slippermen » où Denis, vêtu d’un déguisement d’homme couvert de pustules, dégénéré, boursouflé, qui aurait sa place comme indicible horreur dans une nouvelle de Lovecraft. Visuellement c’est quelque chose.

Les choses de précipitent pour Denis qui a le choix entre revenir à New York où sauver son frère qui se noie… mais quand il décide de sauver ce dernier, le visage de celui ci change pour être le visage de Rael…et comme disait Peter Gabriel,  » it’s up to you »…
Tout ceci est illustré par « The Light Dies Down On Broadway » qui reprend le thème du début, avant de descendre dans les rapides au sons des claviers de Tony / Michel, puis « It » avec la mise en scène génial, stroboscopique, ou les deux Rael sont sur scène en même temps, chacun à une extrémité…. cerise sur le gâteau lorsque les lumières reviennent : Denis n’était ni à gauche, ni à droite, mais au centre.

« The Lamb » c’est donc terminé, mais « The Musical Box » pousse le réalisme jusqu’au bout en jouant el même rappel qu’à l’époque, et c’est nul autre que … « The Musical Box » justement: là encore tout y est: le début tout en douceur, le premier riff rageur, la montée en puissance, la transformation de Denis qui revient sur scène, vouté et avec un masque de vieillard, et enfin le final qui est à lui seul un chef d’œuvre de Genesis. A entendre les applaudissements du Sébastopol, je ne suis pas seul à préférer les morceaux issus des tournées « pre-lamb »…

Après s’être fait désirés, ils reviennent pour un second rappel. A L’époque, c’était soit « The Knife » soit « Watcher Of The Skies »: nous auront droit à la seconde ce soir, Denis drapé dans son déguisement dans la pénombre, uniquement éclairé de rouge  quelques instants pendant le refrain. Là encore, rien ne manque.

Si on attend de ce concert de la chaleur humaine, un contact avec le public, de l’improvisation, ou pire encore « I Can’t Dance »…on sera déçu forcément. La démarche artistique de « The Musical Box » n’est pas dans le concert traditionnel mais plus dans un spectacle, une œuvre d’art qu’on va voir dans un musée: si on va voir un tableau de Monet au Musée d’Orsay, on n’est pas vraiment enchanté si on a remis la toile dans un cadre Design, éclairé par des projecteurs roses…

Dans cet esprit, on ne peut que remercier « The Musical Box » de faire sur-vivre ainsi la musique de Genesis, et j’espère que le public continuera de leur réserver un accueil aussi chaleureux et passionné que ce soir au Théâtre Sébastopol.

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