Osez Bashung : Fantaisie Symphonique @ Lille, 30 novembre 2019

Osez Bashung, c’est le projet ambitieux des étudiants de l’ESMD (Ecole Supérieure de Musique et de Danse) de Lille et de l’orchestre LALO (Orchestre des Etudiants et Amateurs du Conservatoire de Lille) en partenariat avec L’Aéronef :  rendre hommage à Bashung, parrain de l’Aéro (un des premiers à s’y produire en 1989) avec un orchestre symphonique et quelques guest stars.

Mars 2009
Il y a encore 15 jours, Bashung pour moi c’était « Osez Joséphine », le clip avec le cheval que  j’aimais bien quand on le voyait sur Canal + dans le Top 50, le samedi soir, assis sur le tapis devant la TV familiale en mangeant des cacahouètes.

A la vue de la première version de l’affiche, avec Arno comme guest star, je n’ai pas hésité longtemps avant d’inscrire en majuscules « OSEZ BASHUNG AERO » à la date du 30 novembre dans l’agenda. Mais il y a 15 jours, Arno a été contraint d’annuler sa participation pour raisons de santé. Du coup… est bien j’étais moins emballé, ne connaissant pas les autres invités. Au delà de la scène mythique qu’ils on joué dans « J’ai toujours rêve d’être un gangster » en 2008, j’étais curieux de voir comment Arno serait dans les bottes du dandy Bashung.

Puis j’ai relativisé, misant sur l’essence de l’œuvre de Bashung, et sur la curiosité d’un traitement symphonique.

Mars 2009
J’ai été ému par la lecture d’un compte rendu de concert de Bashung à Bruxelles en novembre dernier: la classe de cet homme, sa communion avec son public, son courage et sa musique qui le faisait tenir debout pendant deux heures dans des salles combles ces derniers mois. Je m’étais promis de jeter une oreille attentive, par curiosité mais aussi peut-être par voyeurisme morbide.

Les guests annoncés sont donc des artistes dont j’avais tous plus ou moins entendu parler, sans m’y être davantage intéressé, honte sur moi. Tout d’abord, la lilloise Chloé Mons, que je connaissais pour être la veuve d’Alain Bashung, ils faisaient un duo sur la dernière tournée de Bashung d’ailleurs. Il y a aussi Alice on the Roof, chanteuse belge, benjamine de la troupe. Autre belge, David Bartholomé du groupe Sharko. On pourra aussi voir Laetitia Sheriff, Jef Kino et, en remplaçante d’Arno, Katerine Gierak du groupe Mademoiselle K.
Et ce n’est pas tout. En plus de l’orchestre Lalo, il y a des musiciens rock, avec basse, batterie, guitare et clavier. Et ce ne sont pas n’importe qui. A la batterie c’est Martyn Barker, à la basse Simon Edwards, qui ont joué en studio pour Bashung sur Fantaisie Militaire, tout comme Edith Fambuena, qui n’est nulle autre que l’une des co-auteure de la Nuit Je Mens, excusez du peu.
Et n’oublions pas aussi « Osc’art », nom de scène d’Océane qui est chansigneuse : elle adapte en LSF les titres joués en live, dans un mélange de langue des signes, de danse et de théâtre.

Mars 2009
J’ai entendu parler de son sacre aux victoires de la musique, ai regardé les vidéos sur Dailymotion. Les larmes aux yeux, cet homme m’a impressionné. Marchant et parlant avec peine, chantant « Résidents de la République » avec du coffre et de la vie. J’ai décidé de télécharger Bleu Pétrole finalement, là encore avec une certaine culpabilité morbide. L’aurais-je fait si Bashung n’était pas malade ? Peut être, mais le doute me fait culpabiliser.

Pendant la longue attente, on entends des instruments qui s’accordent derrière le rideau. La mezzanine est inaccessible, aménagées en loges pour les très nombreux musiciens pour l’occasion. Dommage, les photos auraient été terribles ne serait-ce que de l’escalier, mais le vigile était assez obtus.
Le rideau s’ouvre enfin et on découvre la scène de l’Aéro remplie à ras bord. Lætitia Sheriff a la lourde tâche d’ouvrir le spectacle, avec le délicat Madame Rêve. L’orchestration s’y prête bien et Lætitia a une voix magnifique. Sur la gauche de la scène, Osc’Art illustre avec grâce les paroles, c’est une louable initiative que ce partenariat avec l’Aéronef, je serais curieux d’avoir le point de vue de personnes malentendantes d’ailleurs ?

Mars 2009
J’ai été séduit dès la première écoute. Son chant si particulier, entre le récit et la mélodie. Des textes à interprétations multiples, la puissance de « Comme Un Légo » qui m’a mis les larmes aux à la première écoute au casque, à fond dans le métro. La beauté raffinée de ses chansons, si loin de ce que les radios ont pu me faire écouter de lui jusqu’à ce jour.
J’ai vite acheté l’album, à la pochette magnifique elle aussi. J’ai écouté Bleu Pétrole en boucle sans m’en lasser, je me suis renseigné sur le bonhomme, sa bio, wikipédia, les bootlegs qui traînent sur le net…
En bref : je pouvais dire « J’aime Alain Bashung ».

Viens ensuite Sharko et sa reprise de « Squeeze », que je connaissais absolument pas. L’orchestration sur un titre plus rock comme celui-ci est excellente.
Alice on The Roof, elle, s’attaque à « La Ficelle », issu de « L’imprudence » qui n’est pas l’album le plus facile d’accès de Bashung. J’adhère moyennement à son style, mais l’exercice n’était pas aisé.
Mademoiselle K détends un peu l’ambiance: dégaine rock’n roll, Fender en bandoulière, elle reprends avec brio « Vertige de l’Amour », sans l’orchestre.
Jef Kino prends le relai, et je dois dire que c’est ma révélation de la soirée: il a repris « 2043 » là encore de fort belle façon, l’orchestre est parfait sur ce titre. Mais Jef Kino a un petit plus par rapport aux autres, à mes oreilles, c’est une sincérité et une implication différente, du moins c’est mon ressenti.
Et c’est enfin Chloé Mons qui prends place, pour une reprise non pas de son défunt mari, mais de Leonard Cohen. C’est en effet « Suzanne » que Bashung avait lui aussi repris sur son dernier album « Bleu Pétrole ».

Mars 2009
J’ai réservé le même sort à « Fantaisie Militaire ». Scotché une fois de plus. « Samuel Hall », « 2043 », l’hymne « La Nuit Je Mens », un joueur de mots habile, subtil est émouvant. J’étais de plus en plus frustré de ne pas avoir su donner sa chance à ce grand Bonhomme plus tôt. Je rattrapais le temps perdu, n’écoutant pas grand chose d’autre.
Avant hier c’était au tour du live « La Tournée Des Grands Espaces ». L’interprétation en live est magnifiée, c’est de la poésie, c’est du Rock’n Roll.

Sharko revient, accompagné d’une jeune fille, une certaine Gaelle, qui s’avère être une des étudiantes de l’ESMD. Lors des répétitions, Sharko a vu qu’elle connaissait toutes les paroles par coeur, et pour cause : c’es telle qui a fait l’arrangement du prochain titre, du coup il l’a invité a le chanter avec lui, et ça s’y prête très bien puisque c’est le loufoque « What’s in a Bird »: ils font le show et c’est excellent, une fois encore.

Chaque artiste s’attaque a plusieurs morceaux, et chacun a son moment de grâce. Sans me convaincre davantage que sur « La Ficelle », Alice on the Roof s’en sort un peu mieux sur « Toujours sur la ligne blanche », mais l’orchestration cette fois y est pour beaucoup, ça prends aux tripes. La voix de femme enfant d’Alice est couverte sur les montées en puissance.

Mars 2009
Aujourd’hui j’ai commandé « L’Imprudence », « Osez Joséphine » et « Fantaisie Militaire » sur Amazon.
Ce soir, Alain Bashung est mort.

Jef Kino fait un sans fautes avec « Venus », puis « Résidents de la République ». Chloé Mons est déstabilisante sur « Bijou Bijou », Sharko prends des chemins détournés, mais ô combien intéressants avec « Fast Forward » d’un certain Serge Gainsbourg, que Bashung avait repris dans les derniers mois de sa vie, pour un projet de danse contemporaine sur « L’homme à la tête de chou ». Superbes reprises d’ailleurs, de Bashung comme de Sharko. Et mention spéciale a Osc’art, chansigner du Gainsbourg, surtout celle-là, c’est sympa…

A mon grand regret, Mademoiselle K ne chantera qu’un seul autre titre, là encore une reprise qu’affectionnait particulièrement Bashung, « Nights in white satin » des Moody Blues. Mademoiselle K y excelle et l’orchestre aussi. Laetitia Sheriff écope de « Mes Prisons », particulièrement difficile à interpréter avec l’orchestre, et elle perds même le fil à un moment. C’est d’autant plus dommage qu’elle s’en tirait admirablement bien, avec sa jolie voix claire qui contraste a loisir avec ce morceau torturé. J’aurais aimé l’entendre plus également.

C’et Alice on The Roof qui fermera le concert, et, ce sera ma déception de la soirée, en ne rendant pas du tout honneur à « La Nuit je Mens ». C’est une question de style, et je n’adhère pas au sien, et comme elle le reprenait seule au piano… dommage. L’orchestre reprendra tout de même le thème de ce morceau emblématique de « Fantaisie Militaire » avant le salut final, sur lequel Chloé Mons présentera les différents intervenants.

C’était donc une magnifique soirée, rendant honneur à Bashung. Ca aurait pu durer toute la nuit que je ne m’en serais pas plaint, le répertoire de Bashung est singulièrement riche, dans le sens ou chaque morceau est travaillé comme un petit joyau, de l’orchestration à l’interprétation, ce qui donne un héritage musical qu’on peut à loisir reprendre, retravailler, s’approprier, sans trahir le regretté Alain Bashung.

Mars 2009
J’ai dans les bottes
des montagnes de questions
Ou subsiste encore ton écho

Et vous ? Vous en pensez quoi ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.