Yann Tiersen ré-orchestre son dernier album The Liquid Hour / Rathlin from a distance pour la scène, en deux sets : le premier au piano, le second aux synthés. Un univers toujours aussi passionnant à voir sur scène, avec la simplicité qui caractérise Tiersen.
Alice Boyd & Rachel Kitchlew
En première partie de Yann Tiersen, ce duo d’anglaises discrètes m’a tout d’abord décontenancé avant de m’embarquer rapidement dans leur monde. Alice Boyd est au synthé, à la voix et aux « fields recordings » ou enregistrements de terrain : des enregistrements de chants d’oiseaux, de ruisseaux et même… des rues lilloises un mardi après-midi servent de tapis sonore à ses composition folk 3.0. Elle est accompagnée par la harpiste Rachel Kitchlew, qui boucle des effet sur sa harpe. Le résultat est une musique intimiste, délicate, efficace même sur la grande scène de l’Aéronef en captivant 1 000 personnes. Mesdames, merci et bravo.
Yann Tiersen
Déjà chroniqué ici plusieurs fois depuis 2011 (à Roubaix en 2022, à Lille en 2014 et en 2011), Yann Tiersen est un musicien qui suit sa propre voie, et qui l’a emmené aujourd’hui à la musique électronique, après être passé par le punk, le post rock, la musique de film, la chanson française… Et ce soir nous avons droit à deux facettes : tout d’abord Yann au piano au queue, en solo. Avec sa simplicité habituelle, en baskets, veste décontractée rouge et casquette bleue, il nous explique qu’il va d’abord faire un set au piano avant de « jouer avec ses machines ». Il s’assied donc au piano et la magie opère.
Il est coupable d’avoir écrit des titres qui hantent toute les gares de France jusqu’à l’overdose (à son corps défendant), mais son style unique hypnotise avec les dernières compositions issues de « Rathlin from a Distance », avec notamment l’entêtant « Ninnog », nom de son voilier avec lequel il a fait une tournée en remontant jusqu’en Norvège. L’Aéronef est captivé. « Fastnet » et « Rathlin from a Distance » prolongent l’état de grâce. Le set dure une bonne demi heure, en temps ressenti c’est 5 minutes.
Sans transition grandiloquente, il se lève et passe au micro derrière son imposante table de matériel jonchée de claviers, de synthés et une foultitude de cables, et il nous annonce qu’il va commencer par une single sorti quelques semaines plus tôt en collaboration avec Odezenne, « Harmony » et je pense que c’était mon highlight du concert. La puissance du texte, slammé par Yann pour l’occasion, la montée en puissance, la mélodie imparable. Superbe collaboration.
Le set électronique enchaîne ensuite les titres de The Liquid Hour, deuxième partie de l’album, plus radicale et politique que les pièces pour piano. Stourm et ses basses profondes prends corps à l’Aéronef, tandis que la voix de la Passionaria de la résistance espagnole, Dolores Ibarruri est magnifiquement mis en musique sur le bien nommé « Do:ores ». Le violon de Yann est aussi de la partie sur le classique « Sur le fil ».
Les synthés hypnotiques et les pulsations rythmiques transforment l’Aéronef en quelque chose d’autre, entre transe et manifeste. Yann Tiersen ne fait pas semblant d’être apolitique, comme en témoigne le protéiforme P.A.L.E.S.T.I.N.E qui, depuis 2011, n’en fini pas de muter, et c’est toujours un morceau aussi puissant. Il s’achèvera avec Yann, poing levé, sans discours. Le geste parle pour lui.
Une soirée en deux temps, deux ambiances, deux Tiersen – l’un méditatif au piano à queue, l’autre engagé derrière ses machines. Les deux se complètent. Et il ne déçoit décidément jamais.