Arno @ Lille 04 décembre 2010

Arno est surnommé « la tête brûlée de la chanson française ». Déjà, il est belge, flamand de surcroît, il a une trentaine d’années de carrière derrière lui, et commence à avoir sa petite renommée en France depuis quelques années. « Brussld », son 18ème album solo, est sorti il y a un an, et après un rendez-vous manqué l’année dernière, je me suis rattrapé à l’aéronef et j’ai découvert le bonhomme en live. Impressionnant.

Comme vous avez pu le remarquer si vous êtes déjà passé sur ce site, je ne suis pas un fervent admirateur de la « chanson française ». Bashung, je m’y suis pris trop tard, Gainsbourg c’est encore pire, et sinon en général j’ai du mal à m’y intéresser.
J’ai connu Arno justement par l’intermédiaire du regretté Bashung auquel il donne la réplique dans une scène mémorable du film « J’ai toujours rêvé d’être un gangster ». Son phrasé, son accent, sa gueule : c’est un Personnage.
Son album « Live in Brussels » m’a fait découvrir sa musique. Ses musiques devrais-je dire.
Arno, c’est du rock, un blues dur, qui flirte avec le punk, une voix éraillé qui contraste vu la catégorie dans laquelle les médias le rangent. Ce soir, à quelques mètres des enceintes, c’était du hard rock et ça envoie dans les tympans.
Mais Arno c’est aussi des chansons. Des chansons nues, impudiques, naïves, la voix porté par les claviers de Serge Feys. Des textes qui ne laissent pas indifférents : on aime, et on est ému, ou on déteste et on se demande ce que c’est que ce poivrot ; un croisement entre Tom Waits, le sérieux en moins, Shane McGowan, la belgique à la place de l’Irlande, et Jacques Brel, les guitares en plus.

L’aéronef est plein à craquer, toutes les places étaient vendues. Le concert débute à 20h30, les musiciens entrent sur scène et jouent l’intro electro-rock de « Brussels » issu du dernier album. Arno entre sur scène sous les applaudissements nourris du public quelques minutes après, et c’est parti pour ce morceau qui dépeint le Bruxelles d’Arno, avec ses cultures, d’où qu’elles viennent.
Ca se retrouve dans son groupe d’ailleurs. Tout à gauche de la scène, il y a le guitariste, un allemand dont je n’ai pas saisi le nom, mais qui joue sur une magnifique Gretsch, qu’il échange pour des telecaster sur certains morceaux. Il a donc toute ma sympathie. A côté de lui, derrière une batterie qui a connu des jours meilleurs, c’est Sam Gysel, d’origine Zaïroise. A la basse et aux chœurs, c’est Mirko Banovic, un yougoslave. A côté de lui, au fond de la scène, la superbe et douée Sabrine El Koulali, d’origine marocaine. Et enfin, au clavier et à l’accordéon, c’est le complice de toujours d’Arno : Serge Freys.
Ils jouent beaucoup de titres de « Brussld » ce soir, comme « Mademoiselle », à mi-chemin entre les deux Arno : rock mais aussi chanson. On passe à l’anglais avec « God Save The Kiss », scène baignée de rouge, Arno fait sonner les cymbales.
Fin des 3 premiers morceaux, et les instructions sont claires : les photographes doivent sortir de la salle, laisser leur matos au stand de la Croix Rouge (???) et revenir s’ils le désirent. Je loupe donc une bonne partie de « Elle pense quand elle danse », avec un texte d’Arno comme on les aime. Une naïveté touchante, tout ça sans faire de concessions:

Ne joue pas trop le sérieux
Avant d’être un con, avant d’être vieux
Avant de perdre la tête
Et de tomber amoureux

On repart dans une ambiance plus rock, avec le délirant « Meet The Freaks ». La section rythmique est vraiment efficace, ça fait du bruit, c’est rythmé. Arno s’arrache la gorge, c’est du rock bien gras. Excellent.
Le bonhomme a du charisme. Il parle souvent avec son public entre les morceaux. Même si les blagues sont les mêmes
à chaque date de la tournée d’après ce que j’ai pu voir sur le net, l’ambiance est au rendez vous.
Par exemple lorsqu’il nous raconte l’histoire de sa grand-mère – d’origine lilloise – qui était pianiste et à l’instar de Beethoven, avait un handicap pour jouer… je ne vous raconte pas la chute, allez le voir en concert. Une introduction pour ce qui sera le point d’orgue de la soirée pour moi: « Lola etc. ». A nouveau un texte avec Arno en mode « assis sur sa chaise en bois » et les claviers de Serge Freys en accompagnement. Un moment de grâce, qui contraste tellement avec Arno que c’est devient magnifique. Une sorte de Gainsbourg époque Gainsbarre.
Arno reste dans l’ombre pour l’intro du morceau suivant, ou Sabrine délivre un chant berbère qui impressionne, elle maitrise depuis le fond de la scène. « Ca monte », un des meilleurs morceau de « Brussld », mélange entre la musique d’un manège de foire et la musique berbère, comme nous le raconte Arno.
Et c’est à nouveau un morceau de Rock, de hard-rock même avec « Ratata », puis »Black Dog Day » issu de « Brussld », avant de repartir sur une ambiance piano/voix pour la tranche de vie « Quelqu’un a touché ma femme », émouvant, à la Arno: même si ses métaphores ne sont pas des plus glamour – « elle se sent vide comme le condom d’un vieux pépé » – au moins il a le mérite de ne pas employer des clichés…
Il nous joue ensuite plusieurs morceaux rock d’affilée, ça joue toujours aussi fort, et il faut voir le batteur commencer avec un rythme calme, et qui s’accélère invariablement pour un final extatique et puissant. Ce qui nous amène à « With You », un rythme énorme et une tension palpable… j’ai adoré. Le guitariste se fait plaisir d’ailleurs, ca hurle. « Chanson française » vous dites ? Mouais, c’est pas l’image que j’en avais…
On reste dans le rock, plus funky et en français avec « Françoise », avant de jouer le tube « Oh la la ». Un véritable feu d’artifice ininterrompu. Arno a la pèche et se dépense sans compter sur scène; même s’il reste toujours plus ou moins accroché à son micro – qu’il confond avec un punching-ball assez souvent – il est loin d’être statique.
Le groupe termine avec le vieux « Putain, putain », un hymne socialiste à la Arno, repris par le public:

putain putain
c’est vachement bien
nous sommes quand meme
tous des Européens

Beau message après tout. Arno intercale la présentation des musiciens dans le morceau, avant de reprendre uen dernière fois le refrain. Mais c’est la fin… Heureusement ils reviennent pour des rappels, avec pour commencer, LE morceau que je voulais, l’émouvant « Les Yeux de ma Mère », le morceau par lequel j’ai connu Arno. Un texte personnel, candide. C’est la force d’Arno, son interprétation est telle qu’il transmets des émotions bien palpables. Un maître en la matière.
Et le concert se termine avec l’accordéon de Serge Freys, et la reprise rock-délirante d’Adamo avec « Les Filles du Bord de Mer », la public chante avec Arno; il ponctue la chanson d’invitations à chanter avec lui, c’est festif, c’est une magnifique fin.
Le bonhomme quitte la scène le premier, avec un salut simple, et sincère avec son public, il prend le temps de faire coucou en s’approchant de chaque zone de la salle, très chaleureux.

A entendre la musique d’Arno, le voir en live était risqué: ça peut être un gros n’importe quoi qui ne ressemble pas à grand chose. Mais ça n’a pas été le cas. Arno, tout comme son groupe, assure, et comment ! Je ne regrette que le son de l’Aéronef, trop fort sur les morceaux rock pour les apprécier pleinement, mais ça me fera un prétexte pour le voir à nouveau… N’hésitez pas à lui donner sa chance, sa musique vous le rendra.

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