Camille @ Lille 16 novembre 2011

Je n’ai pas pu faire de photos de ce concert, aucun photographe n’était accepté…et pour cause… Camille nous a présenté un spectacle à la mise en scène unique et magistrale pour présenter son dernier album au public Lillois venu en nombre au Théâtre Sébastopol. Impossible de ne pas en repartir conquis.

L’exercice ne va pas être simple, mais je vais tenter de faire un compte rendu de ce… concert ? spectacle ? happening  ? en tout cas on est loin d’un classique chant/guitare/basse/batterie.
J’ai découvert Camille via Alain Bashung. C’est peu commun, mais le regretté Bashung avait remporté la victoire de la musique de la meilleure tournée au détriment de Camille, qui avait participé à la standing ovation tout sourire, très fair- play. L’extrait de la tournée présenté montrait une jeune femme plutôt énergique, entourée de musiciens sans instruments mais en mode « human beat-box ». Très curieux mais… excellent. J’avais écouté l’album qui avait donné naissance à cette tournée, et j’ai vite laissé tombé, je n’ai pas retrouvé l’énergie, le côté déjanté du live.

La jeune maman avait déjà son cortège de fans depuis la sortie de son deuxième album « Le Fil » qui avait fait un buzz en 2005, et son dernier opus « Ilo Veyou » franchit avec brio le cap du 4ème album – synthèse des précédents, avec un petit quelque chose de différent – malgré un format plutôt court de 33 minutes.
Camille c’est tout d’abord une voix: elle a une parfaite maîtrise de sa voix, et elle en fait ce qu’elle veut, comme elle nous le prouvera ce soir… des graves aux aigus, de la voix d’enfant au chant lyrique en passant par la parodie de Piaf, émouvante, drôle… à chaque fois, c’est beau, tout simplement.

Mais ce n’est pas tout: Camille c’est aussi une charmante jeune femme décomplexée, délurée, une simplicité paradoxale avec l’image qu’elle véhicule et le public plutôt bobo/hipsters auquel on pourrait l’associer. Elle plaisante constamment avec le public, ponctue sa musique de bruits bizarres, de borborygmes, elle saute dans tout les sens: on ne s’ennuie pas.

En guise de première partie, nous avons droit à une version « solo » de Gribz, le groupe du bassiste de Camille, qui se retrouve ici tout seul avec une guitare, une grosse caisse, une caisse claire, et il joue des trois en même temps, en plus de chanter. Des titres sympathiques, une bonne ambiance, un set très court au final, mais qui aura eu le mérite d’avoir bien mis en condition pour la suite des festivités.

Le grand rideau rouge du Sébastopol se retrouve affublé du logo « Ilo Veyou », et après s’être fait attendre assez longtemps, il s’ouvre. Et là surprise. Le groupe est déjà sur scène, dans la pénombre. Camille enveloppe la seule lumière, une ampoule qui descend du plafond, d’un tissu. Magnifique ambiance, intimiste, pour Camille qui débute son concert par « Aujourd’hui » version Ilo Veyou où Camille ne cache pas sa fierté d’être maman. Lorsqu’elle laisse tomber le voile… pas un bruit… le public, envouté, ne sait pas s’il doit applaudir ou respecter cette mise en scène… le groupe enchaine donc avec « Le Berger ». Mélodie douce, simple, chant soigné, qui rappelle par certains côtés des chants japonais. A la fin du morceau, cette fois les applaudissements ne se font pas attendre.

Sur cette tournée, Camille n’est entourée que de trois musiciens, mais on voit et on entend l’alchimie parfaite entre eux, et un niveau d’exigence musicale au top. Au piano et occasionnellement à la guitare, c’est Clément Ducol. A la contrebasse, c’est Martin Gamet, qu’on a déjà vu dans Brigz une demi heure plus tôt, et enfin, au violon, c’est Christelle Lassort, que l’on avait déjà eu la chance d’entendre au sein du génial groupe Narrow Terence (faut revenir dans le coin vous !)

Ils enchaînent avec le « single » du dernier album « L’étourderie », sympathique sans plus, mais la mise en scène, qui s’éclaire un petit peu plus, est encore une fois une merveille. Camille se lâche sur « Ilo Veyou », assurant sur ce titre la voix et les chœurs basse, alternativement. Elle gesticule, schizophrène, on sourit. Cette fille est complètement allumée !
L’un des plus beaux titres de « Ilo Veyou » s’est révélé être majestueux en live « She Was »: le chant aérien de Camille, et les jeux de lumières avec la torche qui se balance devant elle, produisant des effets excellents sur le fond de la scène en ombre chinoises. Camille dégage une émotion à donner la chair de poule sur ce titre, sa voix aérienne au départ, puis elle force dessus sur la fin… Du grand art.
Toujours sans répit, ils enchaînent sur « Mars is no Fun », dans une ambiance plus jazzy. L’air reste dans la tête.

C’est la récréation avec deux titres furieusement joyeux et allumés : « Bubble Lady » pour commencer, sans instrument, juste une mélodie à base d’allitérations, et Clément qui fait des bruits de bulle. Dans le même esprit « Shower » – qui ne figure sur aucun album à ma connaissance – fait beaucoup rire dans la salle.
Attention ! changement de mise en scène : des lumières colorées façon « foire aux manèges » descend du plafond… et c’est tout ce qu’il faut à Camille et son groupe pour nous chanter leur version de « La France »: Camille chante en roulant les « r », un ton pincé style radio année 50… c’est génial, là encore on se marre. Mais faut faire gaffe, l’air reste dans la tête aussi.

Autre grand moment avec « Allez Allez Allez », un morceau de cour de récré encore, enfin, disons plutôt un mélange entre un chant de cour de récré et une complainte de galériens. Ah ça c’est pas commun c’est sur. Sur l’album le morceau est très travaillé, en miroir, la fin de la chanson étant le début passé a l’envers. Sur scène c’est beaucoup plus épuré: Camille commence seule, sur cette surface circulaire sur la droite de la scène qui résonne quand elle tape du pied dessus…. Puis Clément la rejoint et ils continuent en canon… même chose lorsque Christelle et Martin se joignent au duo.

Retour au choses « sérieuses » avec « My Man Is Married but Not To Me », qui n’est pas mon morceau préféré de l’album; en live c’est divertissant mais ce n’est pas ce que j’ai préféré.
Vient ensuite l’intimiste « Pleasure », a capella, mélange d’anglais et de français, de rythme et de mélodie, tout en petite touches… très beau moment… qui se poursuit avec « Wet Boy » : quelques arpèges de guitare, Camille allongée sur le sol, et une mélodie tout en douceur, et une voix funambule. Magique.
Ils jouent ensuite « Le Banquet » et, comme son titre l’indique, le dernier morceau de « Ilo Veyou »: « Tout dit » : Camille se retire tout au fodn de la scène, dos à la toile pour chanter ce dernier morceau, tout en silences, et le rideau se ferme pour l’entracte.

Sauf que… 3 minutes après que le rideau soit tombé… tout naturellement, Camille est ses comparses viennent au devant de la scène avec des paniers remplis de mini twix, mini-mars etc. comme l’a dit Camille « Tant pis pour ceux qui sont partis aux cabinets ! » avant de lancer joyeusement des friandises au public.
Comme on peut s’en douter, il y a une très bonne ambiance dans le théâtre Sébastopol. Sur la scène Camille papote, naturelle, charrie ses musiciens, fait faire des pas de danse et des pompes, demande quelles chansons on veut pour après… devant le brouhaha généré elle s’en tire avec une boutade « Bon faudra voir avec la chanteuse alors. »

Après un quart d’heure tranquille comme ça, fin de l’entracte et c’est partie pour le second set, moins « mis en scène » et plus spontané. On aura droit aux classiques de Camille comme « Ta Douleur » pour commencer, puis « Paris » pour une version magnifique. Tout est très enjoué, le public est mis a contribution pour « Cats and Dogs » ou Camille demande 10 personnes… il y en aura pas loin du double au final, a être derrière le rideau blanc pour faire les silhouettes qui dansent pendant le morceau.

En guise de rapelle Camille nous imposera un exercice de chant: c’est simple : on a une petite mélodie, et on doit faire la même mélodie avec chaque lettre de l’alphabet (sauf les voyelles mais avec le « y »): ba ba ba ba etc… ca ca ca ca ca etc… Le truc c’est que ca va de plus en plus vite. Bon c’était drôle mais musicalement euh… c’était pas le mieux on va dire.
Enfin en dernier rappel, Camille va inviter sa « collègue de travail » Jeanne Cherhal, présente dans la salle a venir la rejoindre sur scène pour jouer « Assise » à genoux sur scène… assise… à genoux…pas simple…

Le dernier album de Camille est pas mal. Faut l’écouter. Par contre c’est formellement interdit de ne pas aller la voir en concert si vous appréciez de près ou de loin ce qu’elle fait. C’est sur scène que Camille prouve l’étendue de son talent, et elle en déborde.

Un très grand Merci à Pirlouiiiit de Concertandco.com pour m’avoir gracieusement prêté les photos de cet article. Elles ont été prises lors d’un soundcheck à Marseille. Vous pouvez voir d’autres photos sur son flickr.

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