Emilie Simon @ Lille 14 octobre 2014

Emilie Simon, qui était à l’honneur à l’inauguration de ce site il y a 8 ans, est de retour à Lille, encore dans une salle différente. Après une tournée plus électronique qui ne m’avait pas emballé en 2009 (5 ans déjà!), la belle a sorti deux albums: Franky Knight, issu de la B.O. du film « La Délicatesse », puis « Mue » plus tôt cette année. Nouveau virage musical pour elle, avec un retour à des chansons plus émotionnelles, sans délaisser la recherche de sons, qui est un peu sa marque de fabrique.

Mais je ne retrouve pas pour autant l’Emilie qui m’avais subjugué avec son album « Végétal » en 2006: peut être que sa musique s’est voulue plus « grand public » sur « Mue », peut être tout simplement que mes goûts ont changé, encore que j’écoute encore régulièrement « Végétal »… j’allais donc à ce concert par pure nostalgie, et avec quelque part l’espoir d’être séduit à nouveau.

June Bug

Le théâtre Sébastopol est une salle idéale en tant que spectateur, mais absolument pas en tant que photographe: cantonné en fond de la salle, toutes les photos se font au zoom maximum, peu d’angle de vue possibles… on ne peut pas tout avoir.
Il y a une première partie ce soir: comme sur le reste de sa tournée, Emilie a lancé sur facebook un concours, ouverts aux groupes locaux des villes où elle passe: chaque soir, un groupe sera choisi par Emilie, ce qui est une démarche vraiment intéressante. « June Bug » a été sélectionné ce soir: ce duo Lillois m’a agréablement surpris avec une musique pop folk qui a du caractère: Sarah, accompagnée d’un guitariste électrique, va d’un instrument à l’autre: ukulélé, violon, clavier à 39 €, et un tom de grosse caisse installé entre eux deux. Ils ont joué pendant une demi heure, et d’un intérêt distrait tout au début, j’étais happé dans leur univers à la fin de leur set. J’aimerais bien ré-écouter des trucs d’ailleurs, mais le peu que j’ai trouvé sur le net ne reflète pas l’atmosphère de ce que j’ai entendu hier soir. Ils enregistrent actuellement un nouvel EP, donc je vais surveiller ça de près et vous en reparlerai probablement ici même. J’aime quand les concerts débutent par une belle découverte.

Emilie Simon

June Bug a joué devant le rideau fermé, ils rangent leur matériel pendant que derrière, les réglages se peaufinent. A 21h pile, le spectacle commence et on découvre la scène: Il y a 3 musiciens, de gauche à droite un batteur, Raphaël Séguinier, Nicolas Bogue à la guitare électrique, et tout à droite, un claviériste dont je n’ai pas saisi le nom. Emilie est en ombre, cachée en fond de scène, parmi des structures représentant des buildings. Le concert commence avec « Perdue dans tes Bras », issu du dernier album. Tout de suite, outre Emilie resplendissante dans sa robe de soirée à paillettes, ce qui me frappe, c’est que je retrouve Emilie comme avant, avec un vrai groupe, et surtout elle à l’air très à l’aise sur la scène. Le titre n’est pas mal, bien rythmé avec une belle mélodie en français. Le son est plutôt bon, peut être un peu fort.
Sur le morceau suivant, le régisseur apporte à Emilie sa guitare électrique. Ce concert commence vraiment très bien ! Emilie reste magnifique, le décalage robe de soirée / telecaster est assez marrant. Ce n’est pas une guitar hero, loin de là,  mais c’est mieux que de la voir se cacher derrière un clavier comme en 2009.

Les lumières rosées colorent la scène sur ce second titre « Des Larmes » issu lui aussi de « Mue »: ce n’est pas celui qui restera dans mémoire, contrairement au morceau suivant… les lumières passent au bleu sombre, et des sons de percussions étouffés lancent le titre, immédiatement acclamé par le public: il s’agit de « Graines d’Etoiles » issu du premier album d’Emilie ! Et c’est très bon ! Et pas uniquement par nostalgie, cette version accentue le dramatique du crescendo, c’est une réussite. Le titre suivant, lui aussi acclamé par le théâtre, est lui issu de Végétal « Rose Hybride de Thé »: j’ai bien fait de venir! La voix d’Emilie est, comme toujours, d’une justesse sans faille. Le final, bruyant et stroboscopique, est très puissant. Et sur les 4 premiers titres joués, on réalise à quel point ses compositions sont variées: il y a 3 univers musicaux totalement différents.
On retourne sur « Mue » avec « Paris j’ai pris perpète »: un bon single, mais je n’accroche pas, je me focalise trop sur les « ah ah ah ». C’est dommage le titre est bien construit, très « catchy ». Le titre suivant, avec Emilie à la guitare électrique, est celui qui aura le plus enthousiasmé le public dès le départ: un accord, et Emilie qui commence « Dès les premières lueurs… » la foule acclame « Fleur de Saison » issu de « Végétal ». La setlist est vraiment parfaite: ce titre plus rock, très entraînant est encore une réussite; le public est totalement conquis, et on ressent l’amour qu’il porte à cette artiste, qui elle, est tout sourires. Comme je le disais elle est maintenant beaucoup plus à l’aise sur scène et c’est vraiment appréciable: elle se ballade, elle danse, elle cherche les regards: je pense que c’était la seule chose qui lui manquait avant, les fois ou je l’avais vue.

« Mue » est encore à l’honneur avec » The Eye Of The Moon »: Nicolas se met à la guitare acoustique, sur ce titre beaucoup plus calme, en anglais. Emilie danse, comme une ballerine de boîte musicale. Le batteur joue ensuite un solo de percussions pendant qu’Emilie installe son fameux bras électronique, du moins une nouvelle version de celui-ci, plutôt steampunk. Elle s’était fait connaître en 2003 avec ce système, qui lui permet d’influer comme une pédale d’effet sur sa voix, en rajoutant des échos, des compressions… Avec cette nouvelle version elle semble pouvoir influer sur l’instrument qu’elle veut, la batterie étant sa première cible avant qu’elle ne chante le fameux « Désert », de son premier album. Toujours aussi plaisant à entendre, ça rappelle beaucoup de bons souvenirs.
Le titre suivant est lui aussi très acclamé par le public, il s’agit du single du dernier album, le très disco « Menteur »: quelle variété dans les ambiances musicales, encore une fois : cette fois ça bouge sur scène, c’est rythmé, le public est à fond dedans.

Emilie introduit le titre suivant, issu de la B.O. de « La Délicatesse » « I Call It Love »: je n’ai jamais vraiment accroché à ce titre assez vintage, mais ce n’est pas un mauvais moment non plus. Sur le titre suivant, les musiciens sortent tous de scène, le régisseur emporte la guitare électrique d’Emilie et apporte à la place un clavier, avec un petit écran accroché sur le côté de celui-ci… aïe… il est vrai que dans cette setlist, très équilibrée entre les albums, un seul avait été délaissé jusqu’ici « The Big Machine », celui pour lequel le clavier avait été à l’honneur sur la tournée qui avait suivi. Mais pour le moment, c’est encore une fois un titre de premier album d’Emilie « Dancers In the Rain »: un choix très surprenant, mais quelle belle surprise: la voix d’Emilie se détache d’autant plus avec l’accompagnement du clavier, en tout simplicité. Un très beau moment, encore.

Les musiciens reviennent sur scène alors qu’Emilie s’affaire sur le dos de l’écran lumineux accroché à son clavier. Comme sur la tournée de 2009, elle programme des boucles de percussions, représentées de notre côté par des points et des lignes qui défilent sur l’écran. Les lumières deviennent rouge sombre, et nous avons droit à une version boostée d' »Opium »: ce titre de « Végétal » revisité de cette façon, comme sur la tournée de 2009, est une réussite, avec une atmosphère encore une fois très différente des autres titres.
Le groupe reste dans la même configuration pour les deux titres suivants, issus cette fois de « The Big Machine »: « Dreamland » tout d’abord, le single très eighties de cet album, puis « Rainbow » avec des lumières judicieusement en dégradés du spectre lumineux en fond de scène, Emilie délaisse son clavier et évolue sur scène.
Le clavier ne reste pas plus longtemps, tant mieux pour moi, et est remplacé à nouveau par la télécaster. Emilie présente ses musiciens et commence seule le morceau suivant, on reconnaît immédiatement sa reprise des Stooges « I Wanna Be Your Dog »… à la fin de l’intro calme, les guitares électriques rugissent, et c’est parti pour un pur moment de rock ! Je plains les spectateurs – assis hélas – au premier rang, le son est vraiment très fort de là ou je suis, au niveau de la console. Le public est plus que conquis, je pense qu’il l’était déjà d’avance, vu l’affection mutuelle qu’on ressent entre la foule et l’artiste.

Et nous sommes déjà arrivés à la fin du set, le groupe repart en coulisses, le public se lève d’un seul homme, pour une standing ovation méritée. Emilie revient seule, le régisseur lui avance son micro sur l’avant scène, et lui apporte une petite guitare classique. Elle dédie la chanson suivant à sa tourneuse et sa manageuse, qui la suivent depuis 10 ans: on sent que l’émotion est au rendez-vous sur « Flowers », dans une version très intimiste, non sans quelques pains à la guitare, qui ne gâchent pas pour autant ce moment. Les musiciens reviennent à leur tour pour une reprise de Chris Isaak « Wicked Dreams », Emilie n’a pas perdu cette habitude de terminer ses concerts par une reprise. Comme souvent, elle surpasse l’original. Troisième rappel, « Quand vient le jour », la basse vrombit, la guitare électrique aussi et le son est à nouveau au maximum, sur un final stroboscopique: d’un extrême à l’autre avec « Flowers » !
Ils saluent, sourires aux lèvres, et repartent en coulisses. Le public en redemande encore et le théâtre tremble sous les talons qui trépignent au balcon et les applaudissements nourris. Emilie reviendra pour terminer en beauté, avec son claviériste pour le superbe « Les Etoiles de Paris », avec une voix d’une pureté émouvante. Raphaël et Nicolas reviennent sur scène pour le salut final. Emilie est interpellée par un fan qui s’est avancé au devant de la scène, et tout sourire elle ira lui signer un autographe… il n’en fallait pas plus pour improviser une séance de dédicaces, en toute simplicité: les lumières se rallument, sans que l’artiste sorte de scène puisqu’Emilie est assise à même le plancher, se rendant disponible auprès de son public de fort belle manière.
Une très belle surprise avec la nouvelle Emilie Simon, qui nous a livré ce soir un spectacle « Best-Of » avec des titres piochés sur tous ses albums après plus de dix ans de carrière. Une artiste accomplie, à la voix irréprochable, qui aime son public et qui le lui rend bien.

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