Après 2 reports, c’est enfin le jour J pour le concert d’Igorrr à l’Aéronef. Pour ceux qui connaissent pas, Igorrr c’est un peu Jean-Sébastien Bach qui joue à la Game Boy en écoutant Cannibal Corpse. Ca vous avance pas vraiment ?

En fait Igorrr c’est le groupe de Gautier Serre, qui trouvait pas de musique qui lui plaisait vraiment et qui s’est dit qu’il allait créer la sienne, sans rien s’interdire. Et ce serait difficile de ranger Igorrr dans un genre. La base serait du métal, du breackcore pour les puristes, mais avec du chant baroque, du trip-hop, mais aussi des sons 8bits, du clavecin, de l’accordéon, une chèvre, du russe, de l’oud, Patrick la poule qui joue du piano, du violon… et du bit-crusher à foison. Alignement chaotique expérimental. C’est indescriptible vous en conviendrez. Pour les amateurs de BD, on dirait un univers à la Philippe Druillet, mais musical.
Le pire dans tout ça c’est que c’est absolument génial, créatif au possible, admirablement produit en studio, et sur scène… plein les yeux et les oreilles !

Mais n’allons pas trop vite en besogne. Avant Igorrr, la première partie c’est Horskh, un autre groupe français, qui, pour faire simple, joue une musique stroboscopique mêlant la transe des rythmes électroniques et une rage de métal. C’est un peu too much pour moi en live et je ne parle pas que du volume, mais je réécouterai sur album, j’aime beaucoup l’énergie que propose leur musique.

Revenons à Igorrr, dont c’est déjà le 9ème album, mais c’est la première tournée avec cette formation : en effet, pandémie, COVID et autre joyeusetés ont eu des répercussions sur le groupe, qui a perdu ses deux chanteurs pour des raisons diverses (d’autres projets pour l’irremplaçable Laure Le Prunenec, et des convictions antivax incompatibles avec les tournées pour Laurent Lunoir).
Le groupe accueille donc maintenant la déjà irremplaçable soprano Aphrodite Patoulidou et JB le Bail au chant growl. Et histoire de compléter tout ceci, à la guitare électrique c’est Martyn Clément. Sans oublier Sylvain Bouvier à la batterie, et il est bien occupé.

Et moi qui n’avait jamais vu Igorrr sur scène auparavant, il m’est difficile de comparer, mais ce que j’ai vu sur scène ce soir était impressionnant. Sylvain à la batterie complète les loops lancées par Gautier, avec une précision et une énergie redoutables. Gautier lui, orchestre tout ceci depuis son spot au centre de la scène, style électro.
A la guitare, Martyn assure les riffs avec une classe qui force le respect : il n’est pas en représentation comme le veut la tradition des guitaristes métal, c’est son jeu qui suffit à installer sa présence.
Au chant growl, JB en impose également, même si je lui préférai le côté plus atypique du chant de Laurent Lunoir, mais c’est incontestablement Aphrodite qui m’a fait ramasser ma mâchoire tombée au sol : une présence scénique magnétique, et une, ou plutôt des voix à faire dresser les poils. Par exemple « Mon Petit Moineau », sorte de « Great Gig In The Sky » 3.0, la fait commencer en tremolo de soprano jusqu’à s’exploser en voix de poitrine, je n’avais jamais entendu ça. C’est poignant, c’est beau, c’est fou, c’est à la hauteur de ce que son illustre prédécesseure pouvait faire en live (Youtube est votre ami).
Au passage, quoi de plus Igorrresque de voir, aux premières notes de piano, un fan, métalleux en noir, barbe et cheveux long, prononcer d’un ton docte et respectueux, hochant de la tête « Ah… Tout Petit Moineau… » ? J’adore.

Le collectif fait la part belle au dernier album, sorti l’année dernière, avec encore de grands moments comme « Camel Dancefloor » aux gammes orientales, ou l’extatique « Himalaya Massive Ritual » en fin de set avant les rappels.
Mais il y a aussi des retours en arrière bienvenus sur « Savage Sinusoid » qui reste mon album préféré, avec notamment des titres aussi barrés que « Cheval » ou « Apopathodiaphulatophobie », le très WTF « Viande », ou « ieuD » et son final à la flûte à bec, non samplée s’il vous plait !

Aller voir un concert normal après Igorrr ne va pas être simple. C’est à la fois très créatif, jusqu’à la caricature assumée, tout en restant accessible. Le public ne s’y trompe pas et Igorrr part d’ailleurs en tournée en Europe, puis aux USA en 2022. Un succès largement mérité pour le plus beau des chaos.

Igorrr à l’Aéronef : la setlist

Intro
Paranoid Bulldozer Italiano
Spaghetti Forever
Hollow Tree
Nervous Waltz
Downgrade Desert
Camel Dancefloor
Tout petit moineau
ieuD
Parpaing
Polyphonic Rust
Caros
Viande
Opus Brain
Himalaya Massive Ritual

Rappels :
Cheval
Apopathodiaphulatophobie
Robert
Very Noise

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