Reverend Beat-Man + Johnny Mafia @ Sequedin 30 mars 2019

Beat Zeller, aussi connu sous le nom de Reverend Beat-Man, pape du blues-trash déjanté, vient prêcher la bonne parole à Sequedin dans un spectacle absolument – le mot est souvent galvaudé, mais pas là – génial.

Dans le cadre de l’opération « hors les murs », l’Aéronef produit des spectacles dans des villes en périphérie de Lille, ce qui est très sympa sur le papier, se révêle plus compliqué quand on n’a pas de voiture.
Mais pour le Réverend Beat-Man, j’étais prêt à braver les 50 minutes de métro et une heure de marche (puis le retour): si ça ce n’est pas avoir la foi…

Le concert a lieu dans le centre culturel de la ville de Sequedin, une très belle salle avec un personnel accueillant. La première partie est assurée par Johnny Mafia, un jeune quatuor de punk-rock très bruyant, très sincères dans leur musique, mais dont je n’ai pas été client: dès qu’il s’agit de punk, j’ai du mal de toutes façons…

Pendant ce temps, au stand de merchandising, Beat Zeller himself fait la promotion de son label, dédicace ses vinyls, très disponible et souriant.

HEAR a sweet tender swiss man with a voice of an angel possessed by the devil sings tunes to torture your soul…

Aussitôt le concert terminé, les musiciens et les techniciens débarrassent la scène, et le Révérend lui même, tout de noir vêtu, installe son matériel, son décor, échangeant quelques mots avec un sourire affable avec les techniciens. Il va même jusqu’à chercher une échelle pour installer une tenture en fond de scène, s’excusant au passage auprès du régisseur lumière pour cet imprévu. Il installe son étui de guitare sur la droite de la scène, une valise sur la gauche, puis il s’assied, toujours souriant, à son siège derrière la demi batterie, sors son col romain de sa poche de poitrine et le passe autour de son cou sous les acclamations du public. Il prend ensuite sa guitare, main gauche sur un accord (il est gaucher, comme le diable) la main droite en suspension, le visage impassible pendant une petite dizaine de secondes…

…et, comme possédé, le Révérend assène des accords furieux, bats du pied la grosse caisse et le charley, secouant la tête frénétiquement. Sa voix elle-même est transformée. Il joue le bien nommé « Get On Your Knees », puis lorsque le morceau se termine, il sourit, fait « aïe aïe aïe » comme s’il s’excusait, parle un peu en français, puis c’est reparti pour une autre plongée dans son esprit malade avec un titre pour expliquer qu’il n’a pas besoin de jouer de saxophone, de flûte, de harpe ou quoi que ce soit, parce qu’il est un homme orchestre.

Et en effet, c’est seul qu’il assure les parties de guitare, simples certes, en s’aidant d’une pédale de loop, et la batterie, en plus du chant de sa voix si particulière, sorte de cousin fou de Tom Waits.
Il parcours sa discographie, toujours en redevenant lui-même (quoique…?) entre chaque morceau. Sur « I see the light », il nous détaille son arbre généalogique compliqué, comprenant des incestes intergénérationnels et implique aussi Satan., puis sur « I have enough », il sample sa guitare pour ensuite passer à la batterie et laisse éclater sa colère sur ce monde qui ne tourne décidement pas rond.

Beat-man nous prévient que nous allons avoir droit à 2 ou 3 chansons un peu étranges ce soir, et en effet certaines le sont plus que d’autres. Certaines sont présentées comme des chansons d’amour, avant qu’il ne corrige de lui même « No…it’s not. »
« Jesus Christ Twist », par exemple, n’en est pas une. « Lass Uns Liebe Machen », une charmante valse, non plus d’ailleurs.

Même si sa musique est brutale et complètement barrée, son concert est maîtrisé de part en part et tient plus du spectacle, les échanges avec le public sont nombreux et naturels, on sourit, on se marre même, tout comme lui.

La communion devient même physique sur « Our Girls », un titre un peu plus calme, où après avoir mis une charmante perruque blonde et lancé une boucle, il descendra de la scène pour chanter des couplets en enserrant des fidèles contre lui pour les bénir.

Toujours aussi amusé par ses propres délires, il nous introduit un nouveau titre bizarre comme étant un chants de moines tibétains. Beat-Man revêt une tunique noire, un chapeau, et armé d’un néon blanc, il fera des « vocalises de moine tibétain » entrecoupé d’hallucinations terrifiées.

Le public ne le laissera pas partir, et même lorsqu’une corde lâche sur le dernier morceau, il ne désarme par et, tout fier d’avoir prévu le coup, va chercher une autre guitare identique dans son étui, et reprendra ou il s’était arrêté, avant de lancer une derniere boucle enregistrée, avec force violons mélancoliques, et de descendre au milieu de la foule, tel un messie.

Beat-man est unique. Nul autre ne conjugue aussi bien le blues avec un univers aussi trash, punk, garage, les adjectifs sont nombreux. Sur album c’est deja excellent, en live c’est une expérience unique, la scène est son terrain de jeu.

HALLE – FUCKING – LUJAH BROTHERS AND SISTERS !

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