Ange @ Lille 19 novembre 2006

Ange est peut être le plus ancien groupe de rock français toujours en activité. Fondé au début des années 70 par les frères Décamps, Christian et Francis, ce groupe a mené une belle carrière concoctant leur propre sauce de rock progressif, sorte de mélange improbable entre Genesis époque Gabriel, Brel et Raymond Devos.
Ange a perduré dans les années 80, avant de s’essoufler au début des années 90. En 1999, Christian a repris l’affaire en main, exit Francis, et bienvenue Tristan, le fils de Christian Vous suivez ? bien.

L’association « un pied dans la marge » est fondée : elle finance les futurs albums du groupe avec les cotisations des membres, ce qui confère au groupe une indépendance musicale nécessaire pour s’exprimer convenablement. Après « La Voiture à Eau », « Culinaire Lingus », l’album « ? » est sorti en 2005. Ils étaient de passage dans le fief de l’association « un pied dans la marge » dimanche soir au Splendid.Autant dire ce qui n’allait pas tout de suite : le Splendid. On s’y attendait déjà un peu après le concert d’Emilie Simon en mars dernier, mais c’est toujours aussi regrettable : les fumeurs ne savent toujours pas lire (et pourtant on a conçus pour eux des panneaux de signalisation très simples à comprendre). Si vous allez à un concert au Splendid et que vous êtes asthmatique, mettez vous près de la sortie.

Après plus d’une heure d’attente dans le froid, on rentre dans la salle, et on a une place au premier rang près des barrières. La salle s’est peu a peu remplie, et au final elle était pleine, sachant que l’accès au balcon était interdit.

La première partie était assurée par « For Absent Friends », un groupe du genre rock-prog-jmelapete. De très bons techniciens, mais personnellement je n’ai pas accroché du tout. Trop long, et surtout complètement shootés à la bière / vin rouge / autres.
Ils terminent sur « Billy », une reprise d’une chanson d’Ange « Le Ballon de Billy ». N’étant déjà pas fan de l’original, la reprise ne m’a pas scotché.

Pendant le déménagement de la scène, j’ai le droit de me faire enfumer par nos voisines aux propos fort peu tolérants envers les admirateurs d’Ange non fanatiques et a des éclaboussures d’une substance contenue dans un gobelet jeté depuis la scène par un technicien (qui s’est excusé) : niveau ambiance, on est loin du Spirit.
Ange se fait attendre, et lorsque les lumières s’éteignent enfin, mon enthousiasme est au plus bas.

Les musiciens arrivent sur scène avec une démarche de zombie, chacun récitant un ver de « Caricatures ». Très original comme entrée, et la chose qui marque d’emblée : Christian Décamps = charisme. La fin de « Caricatures » résume tout :

Et puis je suis content,
Et puis vous êtes contents,
Et puis ils sont contents,
Alors je suis content
Que tout le monde soit content…

Et c’est parti pour un concert angélique.

Tout d’abord il y a Benoît Cazzulini derrière une batterie très riche, et il assure, aucune faille dans son jeu.
A la basse, c’est Thierry Sidhoum, un look ravageur (casquette, marcel et démarche de circonstance) mais un jeu très punchy.

A la guitare (PRS, précisons-le pour les amateurs), le très populaire Hassan Hajdi. Très grand guitariste, qui s’est donné à 200% une fois qu’il a réussi à régler ses petits problèmes techniques en début de concert.
La partie féminine de l’Ange est assurée par Caroline Crozat, qui aurait pu faire partie du groupe rien qu’avec son jeu de scène étonnant, mais en plus elle a une voix, et pas des moindres.
Aux claviers, Tristan Décamps, qui n’a pas l’air d’autant s’amuser que les autres, mais ce n’est sans doute qu’une impression, rien qu’à entendre le final on est rassuré.
Et au centre, sur les côtés, derrière la batterie, au micro, aux claviers, à la guitare acoustique : Christian Décamps. Vêtu tout en blanc, avec une vielle écharpe et une tétine en pendentif, doté d’une énergie qui semble inépuisable, magicien des mots et du phrasé, un jeu de scène expressif : irremplaçable.
Ils démarrent avec « La fête chez l’apprenti sorcier », avec son intro très rock. Superbe ambiance, magnifique jeu de scène de Caro qui provoque des pluies d’étoiles.
Enchaînement sur un titre beaucoup plus récent : « Ricochets » issu de leur dernier album. Hassan a toujours des problèmes avec sa guitare, mais le morceau est excellent en live.
Vient ensuite « Vu d’un Chien », Caro a une laisse autour du cou et Christian joue avec un os : très bon morceau scéniquement, un peu moins marquant musicalement. Les compositions de cette période ne sont pas mes préférées, même si le live remet à neuf l’orchestration.

Ils jouent ensuite « Histoires d’Outre-Rêve », un grand moment, une de mes chansons préférées sur « ? ». Un morceau très riche, plusieurs passages différents, un petit poème récité par Christian et le final très rythmé : parfait !
J’ai manqué le morceau suivant pour cause de coup de chaud, j’ai du sortir de la salle. C’est rageant parce que c’est le morceau qui m’a fait découvrir Ange : « Si j’étais le messie ». Vivement la prochaine fois que je rattrape ça.

J’ai donc suivi le reste du concert du fond de la salle, ou l’ambiance n’était pas la même : les gens appréciaient la musique sans se sentir obliger de tout commenter et de râler parce qu’ils n’étaient pas au premier rang « par manque de galanterie ». Au moins mon coup de chaud aura fait des heureuses.
Bref, je reviens dans la salle pendant le morceau suivant : « Jour après jour ». Un morceau très doux, de l’album « Emile Jacotey », superbement interprété. D’ailleurs, le son est meilleur au niveau de la table de mixage que de devant la scène. Caro nous livre une superbe chorégraphie au rythme des percussions, éclairée par un spot en arrière plan.
Après les applaudissements, Christian attrape un accordéon pendant que Caro récite un texte, et elle entame « Entre Foutre et Foot », issu du dernier album. Un de mes morceaux préférés, très subtil derrière des termes crus, et interprété à merveille par Caro, accompagnée uniquement à l’accordéon.

C’est au tour de Tristan de faire son solo, dialogue synthé/voix seulement. Quand je découvrais Ange, j’avais du mal avec la voix de Tristan, mais maintenant c’est la sienne que je préfère. Il a un timbre très particulier, et une puissance insoupçonnée. Il a chanté « Harmonie », très belle chanson émouvante.
Tout le monde revient sur scène pour le très jazzy « Jazzouillis » : un bon morceau mais sans plus, comme sur l’album en quelque sorte.
« Le Chien, la Poubelle et la Rose » est beaucoup plus impressionnant en live, ce morceau épique commence très rock, et termine dans un style plus aérien, Christian fait siffler le thème au public, manière originale de le faire participer, même si les aptitudes siffleuses du public peuvent parfois laisser à désirer…dans la bonne humeur bien sur.
Christian Décamps nous présente les musiciens et le staff technique, avant d’enchaîner sur ce qu’il a appelé un vieux tube, de l’époque ou les vinyls craquaient : ils nous on effectivement fait une version ou le vinyl saute de « L’été indien » de Joe Dassin… assez marrant.
Et ils jouent une vraie vieille chanson, celle qui les a fait connaître au début des années 70 : la reprise de Jacques Brel « Ces Gens Là », dans une version magistrale. Le premier couplet est récité rapidement, sur une nappe de claviers, le second est beaucoup plus rock, Christian joue le personnage à fond, Hassan saute partout.

«Mais il est tard, monsieur, il faut que je rentre…. Chez moi»

Et Christian part en effet en coulisses, d’ou il revient déguisé en vieux marin, une canne dans une main, une bouteille de rhum blanc dans l’autre: c’est « Capitaine Cœur de Miel », un morceau emblématique du groupe, rarement joué en live. 15 minutes ou Christian se donne à fond, jouant le vieil alcoolique. Benoît et Thierry interprètent la chanson comme si ils l’avaient composée. Je connaissais cette chanson que sur l’album Guet-apens, et vu la qualité de son, j’ai eu du mal à m’y mettre : la version live contribuera a accentuer le contraste !
Le final instrumental est l’occasion d’une belle joute scénique entre Hassan – décidément très doué – et Christian.

Et oui c’est déjà fini ! Le public réclame un rappel, et c’est Benoît qui lance le rythme du fameux Quasimodo, devenu un standard du groupe. Un autre morceau long dont la première partie n’a rien d’extraordinaire, mais quand Tristan délaisse ses claviers pour prendre le micro, le morceau prend une autre dimension. Dans une langue connue de lui seul, il chante en improvisant des syllabes, reprises à la guitare par Hassan. Ils s’amusent, mais non sans livrer une superbe prestation. Le chant de Tristan est une merveille.

Et c’est terminé, ils saluent, visiblement fatigués après s’être autant donné sur scène. Ils s’éclipsent pour ne plus revenir.

Un bon concert, même si la setlist était clairement destinée aux fans qui ont déjà vu le groupe sur scène plusieurs fois. En tant que novice, j’aurais préféré des titres plus conventionnels, les classique du groupe (L’hymne à la vie, Godevain le Vilain) ou des compositions plus récentes : on n’a rien eu de « La Voiture à Eau » ni de « Culinaire Lingus », que j’aurais personnellement préféré à des titres comme « Vu d’un Chien » ou « Capitaine Cœur de Miel ». Mais je ne boude pas mon plaisir, on ne peut pas tout avoir, et vivement la prochaine fois, en espérant que le Splendid devienne non-fumeur…

Ange : la setlist

Aujourd’hui c’est la fête chez l’apprenti-sorcier
Ricochets
Histoire d’outre rêve
Vu d’un chien
Si j’étais le Messie
Jour après jour
Entre foutre et foot
Harmonie
Jazzouillis
Le chien, la poubelle et la rose
Ces gens-là
Capitaine coeur de miel
Rappel:
Quasimodo

2 COMMENTAIRES

  1. Et oui tout celà c’est simplement ANGE !
    Depuis 37 ans le vaisseau est là, avec son cap’taine sur le pont !
    Le patrimoine a voyagé dans le temps !
    ANGE LA THERAPIE QUI CHANTE !
    http://www.updlm.com
    http://www.angemusic.com

    A bientôt sur la VIE !

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