Gong @ Lille, 27 septembre 2010

Gong, un groupe à part dans le rock, entre psychédélisme et space rock, vient au Splendid. Allez, par curiosité, j’y vais. C’était un groupe très proche de Mike Oldfield dans les années 70-80, du coup j’ai écouté un peu, et y’a des trucs pas mal. Je suis loin de bien connaitre ce groupe à l’histoire plutôt compliquée, mais allez, c’est au Splendid, c’est pas loin.
Je suis ressorti de la salle avec un sourire jusqu’au oreilles, des couleurs plein les yeux et de l’énergie à revendre…

Gong est un groupe franco-brittanico-australien fondé à la fin des années 60 par Dævid Allen, Gilli Smyth et Didier Malherbe. Le style était ce qu’on appelait la scène Canterbury, du rock psychédélique sous influence avec des groupes comme Pink Floyd à leurs débuts ou Soft Machine, dont Dævid Allen était co-fondateur avec Robert Wyatt et Kevin Ayers. Pour cause de sombres histoires de visas, il est resté bloqué en France en 68, du coup il a distribué des nounours aux policiers pendant les évènements du mois de mai, pour la petite histoire. Et il a fait la connaissance de Gilli Smyth et Didier Malherbe, début de l’aventure Gong. Daevid Allen est ce qu’on appelle un « personnage ». Aujourd’hui, à 72 ans, il garde toujours une forme olympique.
Sur scène il est accompagné par Gilli Smyth, 77 ans tout de même, voix hallucinée et poèmes surréalistes, Steve Hillage à la guitare, un virtuose méconnu, membre du groupe depuis 1973. Aux claviers / samples / effets, c’est sa femme Miquette Giraudy tandis qu’au saxo, à la clarinette et à la flûte traversière, en lieu et place de Didier Malherbe parti vers d’autres horizons avec Hadouk trio, on trouve Ian East, à la basse c’est Dave Sturt et derrière la batterie, c’est Chris Taylor.

Première surprise de la soirée : le Splendid était plein ! Je ne pensais pas que le groupe était encore connu, surtout que contrairement à ce qu’on pourrait croire, le public n’était pas constitué que de « fans de la première heure », il y avait des jeunes, des moins jeunes, mais tous chauds pour supporter Gong, l’ambiance était particulière, mais dans le bon sens. Celle, unique, qui rassemble divers horizons qui n’ont rien en commun à priori… mais la musique permets bien des choses.
A 20h30, c’est parti, projections psychédéliques sur l’écran pendant qu’on entend le début de « Camembert Électrique » ils entrent en scène – sauf Gilli et Dævid – et c’est parti pour « Oily Way » de l’album « Angel’s Egg », un duo flûte / guitare excellent avant l’entrée en scène de Dævid pour le moins grandiloquent et ridicule dans un costume argenté, des lunettes sur-dimensionnées et un chapeau genre Schtroumpf si Peyo était sous influence de Dali – ou même sous influence tout court… Sourire aux lèvres, sa grande carcasse filiforme sur le devant de la scène, à la rencontre de son public, micro tendu vers le foule, il dégage un charisme uncroyable.
C’est génial de découvrir en live ce morceau qui date de 73. Ils jouent ensuite « Outer Temple », du même album, et Gilli Smyth entre en scène à son tour au milieu du morceau. Elle est accueillie sous les applaudissements, et j’ai trouvé ses sourires touchants, avec sa démarche peu assurée, un peu perdue. Peut être cela fait-il partie de son personnage. Dans tout les cas, elle a une présence particulière sur scène, avec sa voix éthérée, modulée d’échos, limite angoissante. Elle enchaîne sur un poème « She’s the Great Goddess », avant que le groupe s’énerve de plus belle avec « Dynamite » issu de « Camenbert Eléctrique », le public scandant avec eux « Dynamite », Gilli criant au dessus de ce joyeux bazar.
C’est sans doute ça qui fait la musique de Gong quelques chose d’aussi jouissif : c’est joyeux, tout simplement, insouciant, léger, et aux rythmes ravageurs. A ce titre, le travail de Dave Sturt à la basse fretless est exceptionnel.
On fait ensuite un saut dans le temps avec « Digital Girl », sur « 2032 » sorti en 1999. Plutôt rythmé avec un saxo qui groove bien, j’ai un peu moins accroché, ne connaissant pas le morceau. Pour l’occasion, Dævid revient sur scène avec un tshirt « I hate fu… Facebook ».
Miquette et Gilli restent seules sur scène pour l’halluciné « Yoni Poem », qui vient lui aussi de « 2032 » tout comme  « Dance With the Pixies » ou le groupe revient au complet sur scène, Dævid dans une tenue bleue de mage avec chapeau pointu de rigueur. C’est un morceau excellent, avec un rythme emmené par la basse et le saxo, très groovy.
Dernier morceau issu de « 2032 » avec « Escape Control Delete », qui ne m’a pas laissé de souvenir particulier. Nouveau changement de tshirt pour Daevid (« Nobody knows I’m a Lesbian ») et retour en arrière avec un de mes morceaux favoris de Gong « Radio Gnome Invisible ». C’est énorme. Ambiance psychédélique à souhait, les caméras sur les micros retransmettent le visage de Dævid, ondulant sur l’écran géant derrière eux. Le rythme est joué par la fosse en frappant dans les mains, et quand le saxo de Ian East se fait entendre, le public chante avec Daevid le fameux « Ra-di-O-o-gnome ». Excellent, et tout simplement, c’est de la musique joyeuse, ça fait plaisir à entendre, mais aussi à voir: ils s’éclatent sur scène. Daevid quant à lui, j’arrive pas à concevoir son visage sans sourire.
C’est ensuite « Tropical Fish », enchaîné sur le plus calme mais non moins psychédélique « Selene », de « Camenbert Électrique ».

Retour en « 2032 » avec le bien nommé « The Year 2032 », encore un morceau très joyeux, qui sonne un peu « Beatles » époque « Sgt Pepper’s » dans sa mélodie. Assez sympa.
Nouveau changement de t-shirt avec cette fois « Wanker Banker » pour le titre « Wacky Baccy Banker » encore du même album. Très rock, avec un solo magnifique de Steve « Submarine Captain » Hillage. Physiquement, on lui met un costard et on croirait que c’est un directeur financier. Mais non, il est en tshirt noir, et c’est un guitariste incroyable. Je connaissais que très peu son jeu avant, mais j’avais un bootleg de Mike Oldfield où ce n’était pas ce dernier qui jouait, pris d’une crise d’angoisse avant le concert, il a été remplacé par Steve Hillage. Un excellent guitariste donc, en plus d’être un peu le chef d’orchestre du groupe. Et il est très sympathique.
« I Never Glid Before » de « Angel’s Egg », ou Ian East fait des prouesses, mais en même temps, ca a été le cas tout au long du concert. Un jeu très groovy, qui s’intégre parfaitement au groupe. C’est d’ailleurs « son » moment ensuite puisque qu’il fait sa version de « Flute Salad », composée par Didier Malherbe à l’origine. Il joue avec sa flûte traversière, puis joue aussi avec les pédales d’effets pour mettre des échos, des boucles… c’est du grand art, et c’est un enchaînement vers « Pinkle Ponkle » lorsqu’il est rejoint par la guitare de Steve Hillage, puis la batterie qui emmène le groupe à un train d’enfer.
On a ensuite droit à un phénomène de psychédélisme intense : « Master Builder ». Dævid baragouine dans son micro, bouclé sur un effet de delay, tout comme les autres instruments. J’ai d’ailleurs oublié de parler que Dævid joue aussi de la guitare, c’était son rôle à l’époque dans Soft Machine. Il est extrêmement doué aussi, mais laisse le soin à Steve Hillage de faire la guitare principale. Dævid lui, joue le plus souvent avec un vibrato joué comme si c’était un archet sur son manche. Donc oui, ça fait des sons bizarres.
Ils terminent en se présentant sous les applaudissements nourris de la foule, la fosse frontstage ou je fais des photos me fait l’effet d’un miroir: il y a les mêmes sourires des deux côtés.
Ils reviennent tout de même pour un rappel: l’excellent « You can’t Kill Me » avec son super riff de guitare, et on a même droit à un dernier rappel « You Never Blow Your Trip Forever », plus calme que les précédents morceaux, mais toujours aussi psychédélique avec les effets d’échos, et le final qui se calme progressivement, pour finir en chuchotements entre le public et le groupe, Miquette allant jusqu’à s’asseoir sur le rebord de la scène pour tendre son micro à la foule, tout comme Gilli et Dævid depuis la scène… magnifique façon de terminer…

You are I, and I am You…

J’allais à ce concert par simple curiosité, ne connaissant pas ce groupe plus que ça. J’en suis ressorti comblé. Leur joie communicative se ressentait dans la salle. Dævid Allen et sa bande sont restés fidèles à ce genre unique depuis plus de 40 ans, et ils trouvent toujours leur public après toute ces années, et cela au travers des générations. Pour ma part, je compte compléter ma discographie, et surveiller de très près leur actualité, on sait jamais, si ils refont une tournée…

Un très grand merci à Jonny Greene et Steve Hillage pour l’accréditation photo, et à la sécurité du Splendid, toujours aussi sympathique, c’est un plaisir de prendre des photos dans cette salle.

Qu'en pensez-vous ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *