Popa Chubby + Walter Trout @ Lille 17 novembre 2011

Double ticket ce soir au Splendid où les fans de blues rock sont venus en nombre pour faire un triomphe à Popa Chubby qui emmène sur la route Walter Trout, un autre bluesman américain au style complètement différent mais tout aussi virtuose.

Walter Trout

Pas de photos pour ce concert… les productions de Popa Chubby et Walter Trout ont malheureusement fait la sourde oreille…
Sur la scène du Splendid, deux batteries l’une devant l’autre, donc c’est qu’il s’agit de deux sets distincts. Vu qu’il y a un orgue Hammond au bord de la scène, j’en déduis que ce sera Walter Trout en premier. Je ne connais absolument pas sa musique, je sais juste que c’est un guitariste qui a officié auprès de Canned Heat, les Bluesbreaker et John  Lee Hooker, excusez du peu.
Quand lui et son groupe entrent sur scène, j’aime déjà. Walter prend sa guitare, la branche, et sans autre forme de mise en scène, c’est parti, en réglant l’ampli. Du blues rock pur, brut. Il a un style très… bruyant déjà, son jeu de main gauche est à la limite du shredding, mais en mélodique.  Il joue 5 notes à la seconde, et affectionne particulièrement les aigus de sa Stratocaster. A noter qu’il a aussi un jeu de jambes hasardeux assez particulier !

En fait, la meilleure façon de décrire Walter Trout et sa guitare, c’est d’imaginer un gamin de 8 ans qui a eu LE jouet qu’il voulait à Noël et qui s’amuse avec, sauf qu’en plus il aurait gouté au café noir de son père. Walter Trout c’est un peu ça, sauf qu’il a 60 ans et qu’il a une guitare dans les mains. Il grimace, il sautille, il passe la langue… mais il s’éclate !
Il est accompagné d’un groupe souriant et on entend immédiatement l’osmose entre eux. A la basse il y a Rick Knapp, devant lui au bord de la scène il y a le massif Sammy Avila, un virtuose du mellotron. A la batterie il y a le non moins massif Michael Leasure. Walter Trout chante également, mais au milieu de tout ces instruments et vu le niveau sonore, on ne l’entend pas beaucoup au début mais ça s’améliore par la suite. Sur un titre, le technicien guitare de Walter vient pour les chœurs, et sur le suivant, carrément au chant principal pour ce que Walter a appelé « un bon vieux blues rock tout ce qu’il y a de plus normal », alors que ça tenait plus d’un mélange métal/blues. Mais c’était sympa.
Le meilleur moment de la partie de Walter Trout restera pour moi ce qu’il à présenté comme un bon vieux blues, moins frénétique que les morceaux blues-rock, qui a mis à l’honneur un sens du toucher vraiment bluffant. Il parcourra lui même ses styles en un seul long riff, partant d’une explosion de notes bruitistes pour arriver à de petites touches délicates, limite wha-wha, le tout sans toucher à sa pédale d’effet. Tout se fait au toucher. Génial.

Popa Chubby

Une fois la scène débarrassée, la musique de fond (Norah Jones) se fait masquer par un morceau de hip-hop west-coast… après tout le titre du dernier album de Popa Chubby c’est « Back To New York City »…et au bout d’une minutes ou deux, Popa Chubby et ses musiciens entrent en scène.
Le bonhomme est toujours aussi impressionnant. Comme lorsque je l’avais vu il y a 3 ans au même endroit pour sa tournée Hendrix, il est accompagnée par AJ Pappas à la basse et à la batterie. C’est assez drôle d’ailleurs de voir Popa d’un côté de la scène, devant et le bassiste et le batteur de l’autre côté, au fond, comme s’ils avaient peur… Ce qui n’est pas incohérent quand on connaît le caractère de Popa… Lors de son dernier passage à Lille il avait été infect avec son bassiste, les techniciens, bref, ça n’allait pas et fallait que ce soit la faute de quelqu’un. Ce soir Popa était de très bonne humeur et il prenait son pied sur scène. Et ça se voit, parfois même un peu trop lorsqu’il s’embarque dans des soli interminables, prolongeant ses chansons de 10 minutes, comme c’est le cas sur « Hey Joe », devenu un classique de ses concerts.

Il jouera le premier titre debout, mais passera ensuite le reste du concert assis sur son tabouret. Il jouera plusieurs titres de son dernier album, dont l’excellent « Pond Of Flesh », une petite pépite de composition, qui se démarque un peu du lot de « good ol’rock ». Nous aurons aussi droit à un magnifique instrumental où Popa reprend rien de moins que du Johan Sebastian Bach pour une version rock de « Jesus Joy Of Man’s Desiring ». C’est ce que j’aime assez chez Popa Chubby, le contraste entre son allure et son comportement de bad boy, qui cache une culture musicale et une sensibilité insoupçonnée… mais je pense que c’est le propre d’un musicien de blues.

D’ailleurs en parlant de blues, Popa a joué l’une de ses plus belles compositions, si ce n’est la meilleure dans la catégorie blues « Grown Man Crying Blues » issu de l’album « Deliveries After Dark ». Une version magnifique, avec des improvisations inspirées de Popa. Il enchaîne avec la même maîtrise « A Love that Will Not Die », du dernier album.

La force de Popa Chubby, ce sont ses influences diverses. Il a sorti plus de 25 albums en 20 ans de carrière, il passe sa vie sur la route, et il compose encore et toujours, sans se répéter. Et c’est un exercice difficile, étant donné le style dans lequel il évolue.
Il jouera également « It’s About You », que j’aime un peu moins, mais c’est une déclaration d’amour pour son public, avec qui il papote à l’occasion entre les morceaux. Par contre… peu de place pour ses musiciens… une présentation vite fait, un mini solo chacun – marrant de voir Popa donner des instructions à pendant le solo de basse d’AJ.

Il nous joue la chanson titre de « Back to NYC », qui n’est à mon avis pas la meilleure de l’album, loin s’en faut, et ils partent en coulisses se faire désirer pour un rappel. Et fan d’Hendrix devant l’éternel, après « Hey Joe », c’est sur « Little Wing » qu’il nous régalera pendant plus de 10 minutes, passant en revue des styles aussi variés que le picking ou la guitare funk.
Mais ce n’est pas tout… en effet il reste le clou du spectacle avec une jam session d’anthologie  puisque Walter Trout est invité à le rejoindre sur scène pour 20 minutes de duel ! La tournée porte bien son nom… « Monsters Of Rock » : leur style sont si différents mais complémentaires, et leur respect mutuel contribue à l’essence même de la jam session… qu’ils n’arrivent d’ailleurs pas à terminer, à chaque fin, ils relancent et ça repart.

Une excellente soirée sous le signe du blues, du rock avec deux excellents musiciens, dans une très bonne ambiance. Popa Chubby, avec son style agressif, et Walter Trout, plus étincelant, nous ont régalé les oreilles. Toujours un plaisir de voir le premier en live, et quelle découverte que ce Walter… j’en redemande. Et put… que c’est bon le blues !

Un immense merci à Patrick Niklas du site www.blues-pictures.de pour m’avoir gracieusement prête ses superbe photos de Walter Trout et Popa Chubby lors de leur passage en Allemagne. Allez faire un tour sur son site, il y en a d’autres de ce concert, et plein d’autres belles photos de concerts ! Vielen Dank Patrick !

Qu'en pensez-vous ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *