Sigur Rós @ Lille 28 février 2013

7 ans. Et pourtant ce dernier concert de Sigur Ros à l’Olympia reste gravé dans ma mémoire comme si c’était hier. Et ce soir, j’ai enfin l’occasion de les revoir. Beaucoup de choses ont changé: deux albums studio depuis, un début de carrière solo pour Jonsi, le départ de Kjartan récemment… Autant dire que la barre était haute, et l’a priori pas forcément positif. Comment ne serait-ce qu’égaler la perfection musicale et émotionnelle atteinte en ce mois de juillet 2006 à  l’Olympia, lors de la tournée « Takk »…

Les portes du Zénith ouvrent très tôt, et c’est tant mieux. Je récupère mon accréditation, j’ai droit aux morceaux 3, 4 et 5, mais faut attendre que le rideau soit tombé, et les photographes seront parqués dans une zone… mais peu importe, avoir une accrèd’ pour Sigur Rós, c’est un peu un rêve devenu réalité: c’est grâce – ou à cause – de Sigur Rós que je me suis mis à la photo, longue histoire.

Il y a une première partie. Mais que dire ? Voir un gars assis derrière un clavier ou un mac, ce n’est déjà pas vraiment ma conception d’un concert vivant, en plus caché derrière un rideau, on s’emmerde clairement. Et ce ne sont pas sifflets et les « aah » de soulagement lorsqu’il s’arrête enfin qui me contrediront. 40 minutes de boucles, de drones, d’effets, d »ambiances », mais je n’ai pas vraiment vu le rapport avec la musique de Sigur Ros, diamétralement opposée à mes oreilles.
Mais à 21h, c’est autre chose. Quelques notes de piano, une ambiance inimitable, et un coup de batterie digne de Thor, c’est parti avec « Í Gær ». La guitare électrique à l’archet s’en mêle, la basse vrombit, les violons et les cuivres sont de la partie, et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça commence fort. Pas de doute, c’est du très bon Sigur Rós, même s’il sont cachés derrière le rideau. Et quand Jonsi commence à chanter, de sa voix de falsetto inimitable, il n’a rien perdu et il est en forme. Toujours derrière le rideau, ils enchaînent avec « Yfirborð » un morceau inédit à ce jour. Des aurores boréales sont projetées sur le rideau, ceux là savent y faire pour associer leur pays à leur musique. Le morceau en lui même n’est pas incroyable, mais l’ambiance y est, c’est le principal.

La guitare vrombit. C’est le troisième morceau. La cohorte de photographes se met en place, on a aucune mobilité… Et on est face a un rideau. Pas très passionnant. « Ny batteri » par contre est énorme, comme toujours le jeu de batterie d’Orri est incroyable. Je reparlerai d’Orri, qui reste pour moi peut-être le meilleur batteur au monde. Rien que ça.
A la fin du morceau, le rideau tombe, enfin. On shoote comme on peut.

Il y a beaucoup de monde sur scène: au centre, courbé autour de sa guitare et son archet, c’est Jónsi, dans une veste à pompons typiquement islandaise, le pays ou le kitsch devient cool. Ca donne un coup de vieux de revoir cette guitare, après 7 ans: il venait de l’avoir lors du concert à l’Olympia, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle a vécu depuis.

A sa droite, le placide Georg Hölm est à la basse et aussi quelques claviers. Un jeu de basse très simple tout en puissance et en résonance. De l’autre côté, il y a donc Orri Páll Dýrason, sa batterie de profil sur la scène. en seconde ligne, il y a le remplaçant live de Kjartan Sveinsson qui va des claviers à des percussions. c’est d’ailleurs un autre Kjartan (Hólm) le frère de Georg. Kjartan Sveinsson avait mis de côté le groupe depuis un moment, ne désirant plus faire de tournées mondiales, et c’est officiel depuis quelques semaines maintenant, il ne fait plus partie du groupe. C’est dommage, ses compositions étaient mes préférées. Espérons que les futurs albums du groupe tiendront la comparaison.
Enfin au fond de la scène, 3 cuivres et 3 cordes finissent de compléter le tableau.

Mais honnêtement, ces musiciens n’ont pas de vraie présence scénique, dans le sens ou il n’y a aucun contact avec le public, ils jouent la plupart du temps les yeux baissés, limite mécaniquement. Mais c’est assumé, et la scénographie, de toutes manières, rideau ou pas, éclipse le groupe. Un écran au dessus de la scène, une multitude d’ampoules qui s’allument plus ou moins en fonction des rythmes et des ambiances… rien n’a été laissé au hasard, même les lumières sont époustouflantes, et au final, permettent au Zénith d’avoir l’espace nécessaire pour  rendre honneur à la musique des grands espaces d’Islande, et surtout de faire vivre les émotions de leur musique.

On reste dans les classiques avec le chef d’œuvre qui ouvre la parenthèse sur l’album de 2003 : « Vaka », dont je ne profite malheureusement pas beaucoup, l’exercice des photos n’est pas évident.
Vient ensuite un morceau radicalement différent, aux sonorités électro: il s’agit de « Brennisteinn », un autre inédit, beaucoup plus enthousiasmant que le premier : d’accord, ça change, mais c’est une belle évolution. Le duo basse / batterie fait autre chose que d’habitude. Pari réussi. J’ai hâte d’entendre ce que ça donnera sur la version studio.

« Sæglópur » commence pendant que je regagne les gradins, ou j’avais ma place. Et la, c’est une nouvelle claque : la scène est juste magnifique. Le nez collé à elle, on ne s’en rend pas compte, mais de loin, c’est une œuvre d’art. Elle prend des teintes orangées, au dessus de la scène, des projections  de forêt, un peu floues, les ampoules scintillent toutes lorsqu’ils commencent un autre classique avec « Olsen Olsen »: La fameuse ligne de basse est saluée par des applaudissements.

Changement radical d’ambiance, on passe du végétal à du minéral, du noir et blanc, mais surtout du noir, des roches volcaniques humides… Plus que tout autre titre de Sigur Ros, « E-Bow » représente pour moi les paysages de l’Islande, comme dans le somptueux DVD du groupe « Heima ». Une lenteur pesante, imposante, et l’archet et la voix de Jonsi qui s’élèvent au dessus, en contraste, c’est un chef d’œuvre. Oui, encore un.

S’ensuit enfin un titre de « Valtari », qui n’était pas vraiment représenté jusqu’ici. Comme c’est le dernier album, on pourrait s’attendre à avoir une majorité de titres plus récents. Mais « Valtari » de par sa complexité et son côté très « ambient », limite bande originale, est peut être plus difficile à jouer en live. « Varúð » est sans doute le plus beau morceau de « Valtari », est nous y avons eu droit ce soir, avec la magnifique montée des cuivres. Un beau moment, mais qui n’a pas l’intensité de morceaux plus anciens.

Ambiance nostalgique avec le fameux « Hoppípolla » enchaîné avec « Með Blóðnasir », qui confirme ce que je disais précédemment : les titres de Takk rendent quand même beaucoup mieux en live, et encore, c’est pas fini, puisque le morceau qui m’a fait tomber dans Sigur Ros, à savoir « Glósóli » va faire trembler le Zénith juste après. Tout y est, jusqu’au clip projeté au dessus, qui est à lui seul un chef d’oeuvre, avec une fin sujette à interprétation. Encore un grand moment, avec un son parfait malgré la saturation et le volume, partie intégrante de leur musique.

Mais ils nous surprennent encore, avec un troisième titre inédit « Kveikur »,  là encore ça change pas mal par rapport au Sigur Ros qu’on connait. Ca fait penser à du Jonsi en solo, avec une mélodie plus « normale », et encore une influence électro. Mais c’est sympa. Pas sur que  le plaisir d’écoute soit le même à la longue par contre.
On n’a pas vu le temps passer, et pourtant, c’est déjà les rappels. »Svefn-g-Englar », de leur deuxième album, ça n’est pas ma favorite, mais c’est la classe. Jónsi va jusqu’à chanter dans les micros de sa guitare pour reproduire les sons étranges de la version album. A noter aussi son tour de force sur le final, ou il tient une note aiguë pendant pas loin d’une minute, jouant avec la résonnance, la fréquence de sa note. Incroyable. Il avait déjà fait ça sur le live « Inni », sur le morceau « Festival »… d’ailleurs, ça me fait penser… il n’y a eu aucun titre de « Með suð í eyrum við spilum endalaust », le magnifique album précédent « Valtari ». Curieux, et dommage aussi…

Mais nous avons droit à un quatrième morceau inédit, à paraître sur un nouvel album en fin d’année. Il s’agit de « Hrafntinna ».  Beaucoup de percussions programmées, moins de batterie classique, moins d’archet, une mélodie plus accessible: le prochain album sera différent, c’est sur.
Et, enfin, le clou du spectacle, le chef d’œuvre parmi les chef d’œuvres de Sigur Rós : Popplagið. Des arpèges de guitare, l’archet électrique, la montée en puissance, la batterie d’Orri qui maintiens la tension jusqu’à une explosion qui met les larmes aux yeux. 15 minutes de très grande musique, que le groupe a avoué être leur morceau favori à jouer en live. Ca tombe bien, c’est celui qu’on préfère voir et entendre.
On ressort du Zénith avec les oreilles qui bourdonnent, mais on ne regrette rien. Pas même l’Olympia d’il y a 7 ans Enfin, presque.

Sigur Rós a prouvé que c’était un groupe à la musique atmosphérique, planante, étrange, mais qui a sa place plus que jamais dans les grandes salles comme le Zénith. L’expérience était au delà de la musique, c’était un véritable spectacle qui nous emmène dans l’Islande minérale et mystérieuse. Les nouvelles compositions suscitent la curiosité concernant le futur album du groupe, une nouvelle orientation musicale sans renier ce qui a fait leur originalité, voilà qui promet d’être intéressant…

Sigur Rós : la setlist

Í Gær
Yfirborð
Ný Batterí
Vaka
Brennisteinn
Sæglópur
Olsen Olsen
E-Bow
Varúð
Hoppípolla
Með Blóðnasir
Glósóli
Kveikur
Rappels:
Svefn-g-englar
Popplagið

UN COMMENTAIRE

  1. Emeline dit :

    Immense merci pour ce superbe compte rendu. Et les photos sont justes magnifiques ( il y a pas de mots )
    Je n’ai pas assisté à ce concerts mais aux deux concerts de Septembre à Arles et Toulouse…Que du bonheur.
    J’ai hâte d’écouter les nouveaux extraits en haute qualité. Et donc sur ce nouvel album qui s’annonce pour l’été…Sigur Ros en live est une expérience à vivre, nécessairement. Magique.

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