Ange @ Lille 19 mars 2010

40 ans ça se fête ! Alors même si la tournée précédente d’Ange m’avait quelque peu déçu, je me suis dit que ça valait peut être le coup d’y retourner encore. Et j’ai bien fait. Le plus vieux groupe de rock français nous a délivré une prestation incroyable, une setlist de rêve, transporté par le théâtre Sébastopol qui a réellement décollé aux pays du rêve.

Je pense qu’il n’est plus nécessaire de présenter Ange, j’ai déjà fait des comptes rendus du groupe de Christian Décamps à plusieurs reprises sur UbikwiT (au Splendid en 2006, à Gravelines en 2007 et à Wasquehal en 2008).
Depuis le « Cimetière de Arlequins » sorti en 1970, Ange a su perdurer, passer le difficile cap des années 80, tout en restant fidèle à leur musique des débuts, préférant une notoriété confidentielle aux plateaux de TV. Le dernier album en date « Le Bois Travaille, Même le Dimanche » est paru fin janvier.

Après quelques problèmes pour récupérer mon accréditation photo – merci beaucoup à la personne du merchandising et JC Boileau d’UPDLM, au passage – on prend place au Théâtre Sébastopol, ses décors rococo, les fauteuils et tentures rouges. On est au deuxième rang juste devant la scène, le concert étant filmé – youpi ! – je ne peux me déplacer pour les photos, mais je me débrouillerai.
Le spectacle débute par un mix de bouts compositions entrecoupés de bruits de vagues, le tout chronologiquement, et Christian Décamps entre sur scène seul, dans la pénombre, déclamant le fameux « D’abord…D’abord… y’a l’aîné… » de  « Ces Gens-là » de Jacques Brel, le premier succès de 1970. Les lumières s’allument et le groupe est parti lui aussi. Le son est très bon, leur complicité sur scène saute aux yeux. Christian est un cadeau à photographier: il ne chante pas, il interprète ses chansons. C’est Ange, c’est théatral. On aime ou on aime pas, mais voir un groupe aussi passionné et enthousiaste fait aussi partie de la magie « Ange ».
Sans transition c’est parti pour « Le Cimetière des Arlequins » de l’album du même nom. L’occasion de voir la délurée Caroline Crozat entrer sur scène, grimée en mime / clown / vagabond. Elle anime la scène de son jeu et de sa voix. J’avais toujours eu du mal avec ce morceau version « album », le son étant vraiment de mauvaise qualité…j’ai donc pour le redécouvrir dans de bonne conditions et c’était excellent.
On continue avec Tristan qui passe au devant de la scène pour à son tour prendre le micro avec « Les Yeux d’Un Fou » qu’il interprète magnifiquement. Là encore un morceau que je ne connaissait pas, mais que j’adore maintenant. Tristan mériterait d’être plus souvent au devant de la scène tant ses prestations sont énergiques.
On fait un saut dans le temps avec « La Rêve est à rêver » de l’album « La Voiture à Eau », puis « Le Marchand de Planètes », de « Emile Jacotey ». L’occasion d’être bluffé par Thierry Sidhoum, qui passe au micro à son tour, sans délaisser sa basse, pour faire un chant oriental sublime en intro du morceau qu’on connait. Christian distribue des planètes au premier rang, en souffle d’autres à l’assistance. Ca peut paraître grandiloquent, mais c’est tout simplement magique. Encore une fois, l’original est dépoussiéré, j’ai hâte de voir le DVD…

C’est ensuite un grand moment. LE grand moment pour moi. Ils ont joué « Sur la Trace des Fées » de l’album « Emile Jacotey ». L’ambiance a changé dès les premier instants du morceau. On a senti le public suspendu aux arpèges d’Hassan. Des yeux se sont humidifiés au milieu du premier couplet (au moins les miens) et le public s’est levé, applaudissant à tout rompre à la fin du morceau, respirant à nouveau après avoir retenu son souffle pendant les 5 minutes précédentes. Rien que ce morceau valait le prix du billet.Je réécoute la version album en écrivant ces lignes, et je ne peux empêcher mes yeux de s’humidifier à nouveau au souvenir de la version live.

On reste dans une ambiance douce avec « Les Eaux du Gange » de l’album »? »… Caroline revient sur scène en tenue orange style indienne, ondulant sur scène, Christian dans son dos lui ajoutant une paire de bras, style Shiva.
LE groupe s’efface dans les ombres, laissant Tristan seul avec son clavier. C’est devenu une tradition, à chaque tournée Tristan interprête en solo un titre, souvent dramatique. Cette fois-ci c’est « Neuf Heures ». Un autre grand moment.

Pendant que Tristan s’éclipse à son tour, Christian revient sur scène avec un accordéon, accompagnée par Caroline, gouailleuse avec un accent, et ils nous jouent une version hilarzante de « Fou », l’instrumentation change pas mal de l’original. Le public bat la mesure, mais Chrisitian nous interrompt pour nous expliquer les rythmes binaires et ternaires. Après quelques morceaux plutôt sombres, l’ambiance se détend.

Hassan, Benoît, Thierry et Tristan reviennent sur scène pour jouer « Le Vieux de la Montagne » avant de faire « Couleurs en Colère » que j’ai adoré. Ce morceau a été l’occasion pour Hassan de faire son numéro… et il a été très inspiré, un solo superbe, bien que n’étant pas fan de shredding, c’est quand même carrément rock’n roll sur ce coup là…
Après un nouveau rugissement d’applaudissements, Thierry est à nouveau au devant de la scène. Pas facile d’enchainer après une telle preuve d’amour du public, mais il le fait très bien, tout simplement en se présentant. Ca change de la présentation de groupe classique. Chacun son tour ils racontent d’oùu ils viennent et comment ils sont arrivé là… le kabyle lorrain, celui qui est content d’être là, le quota norvégien, celle dont les parents ont hésité, celui dont les parents n’ont pas hésité du tout et celui qui est un orgasme. A vous de les retrouver…
Ils enchaînent avec une version énergique de « Les Enfants du Hasard » avant de terminer – eh oui déjà – par « Capitaine Cœur de Miel ». Et quelle fin ! Christian fait vivre ce personnage encore une fois, pendant ce morceau épique, avec la seconde partie dramatique, Benoît Cazzulini qui fait des merveilles à la batterie.

Le groupe revient pour deux titres de leur dernier album « Le Bois travaille même le dimanche », avec « Hors la loi » et « L’œil et l’ouïe », deux morceaux sympathiques mais sans plus.

C’est ensuite le second final, et quel meilleur final pour un concert d’Ange qu’un « Hymne à la vie » ? Je n’avais pas eu l’occasion de l’entendre lors des précédents concerts, c’est désormais chose faite et c’est… transportant ! C’est un hymne après tout. Le public est resté debout pour l’occasion. Les sourires s’affichent dans les deux camps. Ange a ravi son public qui le lui rend bien visiblement.

Christian revient seul pour un rappel – les autres sont aux 35h et sont partis en RTT. Il nous joue un Shéhérazade, seul au piano. Mais il n’en reste pas là, faisant chanter le public sur le refrain du « Ballon de Billy » et enchaînant sur un émouvant « Ode à Emile »…
Un final en points de suspensions, Christian visiblement ému de son public.

Là ou beaucoup de groupes de progressif des années 70 survivent en reprenant éternellement les même titres en concert, voire ont disparu, Ange est toujours là. Ils pourraient, à l’instar de Yes, faire une tournée chaque année en reprenant leurs anciens titres uniquement. On en a eu la preuve ce soir, le potentiel pour des tournées « best-of » est là. Mais Ange ne se contente pas de ça. Un nouvel album chaque année, un répertoire régulièrement revisité, une sincérité sur scène unique. Me voilà réconcilié avec Ange. J’y retournerai.

Ange : la setlist

Ces gens-là
Le cimetière des arlequins
Les yeux d’un fou
Le rêve est à rêver
Le marchand de planètes
Sur la trace des fées
Les Eaux du Gange
Neuf heures
Fou
Le vieux de la montagne
Couleurs en colère
Les Enfants du hasard
Capitaine coeur de miel
Hors-la-loi
L’Œil et l’Ouie
Hymne à la vie
Rappels:
Sheherazade
Le Ballon de Billy
Ode à Emile

5 COMMENTAIRES

  1. Joël dit :

    ANGE sur scène c’est quelque chose ! Un monde bien à part de la scène française. La Magie est au rendez-vous, même 40 ans après. Toute la carrière angélique est un hymne à la Vie ! Et le rêve continue ….
    L’ANGE n’a pas perdu ses ailes, et à chaque concert, Le Cap’tain Christian et ses matelots nous le prouvent …
    A bientôt !

  2. MrTitch59 dit :

    Un concert extraordinaire, la nouvelle génération est à la hauteur du talent de Christian. Près de 3 heures de spectacle et on en redemande !!!
    Superbe soirée, musique original (ça change du formatage ambiant).

    http://www.youtube.com/watch?v=n_FuYkxmrfs&NR=1

  3. Boris dit :

    Merci pour ce beau compte-rendu qui montre que le concert évolue avec les représentations (j’étais à l’Olympia le 31 janvier). Pour faire connaître Ange, je me suis lancé dans une chronique à moi:
    http://www.dogoda.fr/content/tout-ange

    Chronique du concert de paris ici:
    http://www.dogoda.fr/content/ange-40-ans-rugissant

  4. lecorne dit :

    Superbes photos et un compte-rendu vraiment à l’image
    d’Ange !!!!

    Félicitations à toi pour ton talent artistique de
    photographe et ta plume !!!!

  5. fallen dit :

    compte rendu magnifique, tout autant que les photos.
    ça devait être un beau concert !!

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